SHAW George Bernard
Le plus grand dramaturge de langue anglaise des temps modernes fut aussi, successivement ou simultanément, un critique musical et dramatique brillant, un essayiste, un grand prosateur, un réformateur social et un penseur passionné par tous les problèmes sociaux, politiques, culturels et philosophiques de son temps. Le socialiste iconoclaste de la fin du siècle deviendra le prophète d'un évolutionnisme vitaliste de l'époque édouardienne, et une gloire universelle consacrée par le prix Nobel en 1925.
Admirateur d'Ibsen et de Wagner, Shaw élabore un théâtre d'idées au meilleur sens du terme, dans lequel les grandes questions sont évoquées dans un dialogue brillant où l'humour, l'ironie et le paradoxe illuminent un vigoureux débat intellectuel. Shaw commence par attaquer les abus sociaux en une satire violente : Pièces déplaisantes (Unpleasant Plays, 1892-1893). Puis les Pièces plaisantes (Pleasant Plays), dans une veine plus souriante, montrent le ridicule de l'idéalisme romanesque qui entrave toute évolution : Le Héros et le Soldat (Arms and the Man, 1894), Candida (1897). César et Cléopâtre (Caesar and Cleopatra, 1898), la plus célèbre des Trois Pièces pour puritains (Three Plays for Puritans), met en scène des personnages historiques spirituellement anachroniques. En 1903, Shaw écrit l'une de ses œuvres les plus importantes, L'Homme et le Surhomme (Man and Superman) dans laquelle il développe sa philosophie de la force vitale et du surhomme, et, prenant le contrepied du mythe de Don Juan, montre l'homme poursuivi par la femme, désireuse d'assurer l'avenir de l'espèce. Shaw aborde tour à tour de grands sujets : les rapports entre l'argent et le pouvoir, ainsi que les moyens de supprimer la pauvreté : La Commandante Barbara (Major Barbara, 1905). Dans L'Autre Île de John Bull (John Bull's Other Island, 1904) le dramaturge irlandais oppose la mentalité anglaise à celle de ses compatriotes. Il analyse les motivations religieuses et spirituelles de l'homme : Androclès et le Lion (Androcles and the Lion, 1912), le rôle déterminant de la prononciation et de la culture dans les discriminations entre classes sociales (Pygmalion, 1912). De 1913 à 1916, dans un autre chef-d'œuvre, La Maison des cœurs brisés (Heartbreak House), il décrit de manière pessimiste la société anglaise de l'avant-guerre qui a manqué de sagesse et n'a pas su protéger les valeurs de la démocratie et de la morale politique. Dans Retour à Mathusalem (Back to Methuselah, 1918-1921), « Pentateuque métabiologique » de cinq pièces, Shaw reprend et développe sa philosophie de l'évolution créatrice qui tend ici vers l'utopie. En 1923, dans une très belle pièce, Sainte Jeanne (Saint Joan), Shaw médite, à travers le destin de Jeanne d'Arc, sur la manière dont la société traite ses héros et ses saints. Parmi les nombreuses comédies écrites dans les vingt-cinq dernières années de sa vie, on peut citer La Charrette de pommes (The Apple Cart, 1929) et Geneva (1938), pièces politiques. Shaw fait précéder ses pièces d'importantes préfaces où, en grand styliste, il précise inlassablement sa pensée. Dans les comédies, la vigueur des idées est portée par des dialogues éblouissants, des paradoxes qui provoquent le rire, puis la réflexion, et par des situations qui favorisent le débat d'idées. Pour l'importance de son œuvre et son influence, un critique n'a pas hésité à voir en lui l'« homme du siècle ».
Bibliographie sélective
- The Shavian playground , an exploration of the art of George Bernard Shaw, Margery M. Morgan , London : Methuen and C°, 1972
- Shaw's moral vision , the self and salvation, Alfred Turco, Jr, IthacaLondon : Cornell university press, 1976
- Bernard Shaw , du réformateur victorien au prophète édouardien, Jean-Claude Amalric,..., [Paris] : Didier, 1977
Classement
Spécialité : Amérique du Nord et Iles Britanniques
- Irlande
- Royaume-Uni
- 19ème siècle
- 20ème siècle