SCHOPENHAUER Arthur
Philosophe allemand.
Ce penseur postkantien, nourri de sources orientales, a développé jusqu'à ses ultimes conséquences le pessimisme philosophique dans sa grande œuvre : Le Monde comme volonté et comme représentation (Die Welt als Wille und Vorstellung, 1818), contribuant ainsi à une nouvelle vision du tragique et de la tragédie.
L'entendement humain, selon Schopenhauer, est en règle générale enchaîné aveuglément au vouloir-vivre, où se condensent les énergies vitales en ce qu'elles ont d'obscur et de fatal (l'« égoïsme », les instincts de conservation et de dévoration). Chez les individus hors du commun, au contraire (et qui ont justement rompu avec le règne de l'individuation), la connaissance purifiée par la souffrance accède à un niveau de contemplation supérieure, caractérisé par le renoncement au vouloir-vivre. Ici vient se greffer l'intérêt porté par le philosophe à la tragédie, « forme suprême de la poésie » : aux antipodes de la tragédie hégélienne, la tragédie selon Schopenhauer n'a plus rien à voir avec la réalisation d'une quelconque justice nécessaire au déploiement de l'esprit dans l'histoire ; le héros n'expie nullement sa faute individuelle, mais le crime de l'existence elle-même. Et de quelque façon que soit amenée la catastrophe, elle ne relève pas, foncièrement, de l'exception ou de la monstruosité, mais résulte au contraire de la conduite et des caractères humains en ce qu'ils ont de « naturel », de « presque nécessaire », l'effet le plus considérable (qui est d'ordre cathartique) étant produit avec les moyens et les mobiles les plus infimes. La tragédie ainsi entendue comme la traduction d'une misère ontologique offerte à la contemplation en vue de détacher le spectateur des choses terrestres s'apparente au Trauerspiel ou jeu de deuil, tel que Benjamin le définira en rapport avec l'univers baroque, et dans lequel il soupçonne un retour à la tradition du rite sacrificiel. Au demeurant, le baroquisme sans Dieu de Schopenhauer n'est plus éclairé d'aucune grâce. Il n'exclut pas pour autant le rire noir : en effet, le personnage de théâtre postulé par la vision pessimiste ne peut apparaître que comme une marionnette tirée par des fils (par le tout-puissant vouloir-vivre), tant qu'il n'a pas encore accédé à la souffrance lucide du héros tragique. Schopenhauer nous entraîne ainsi, dès l'aube du XIXe siècle, vers la tragi-comédie à résonance métaphysique, laquelle connaîtra bien des résurgences après la Seconde Guerre mondiale et les échecs d'une histoire qui n'en finit pas de bégayer.
Bibliographie sélective
- Le Vouloir-vivre , l'art et la sagesse. Textes choisis par André Dez,... [Traduit de l'allemand. 3e édition.] , Paris : Presses universitaires de France, 1970
- Le monde comme volonté et comme représentation , Schopenhauer ; trad. en français par A. Burdeaunouv. éd. rev. et corr. par Richard Roos,..., Paris : Presses universitaires de France, 1989
Classement
Spécialité : Espace germanique
- Allemagne
- 18ème siècle
- 19ème siècle