RUEDA Lope de

Séville, vers 1510 - Cordoue, vers 1565

Auteur dramatique espagnol, acteur et directeur de troupe.

Lope de Rueda est surtout connu grâce au portrait mythique qu'ont brossé de lui ses successeurs qui le désignaient comme « le père du théâtre espagnol ».

Vers 1540, il abandonne son métier de batteur d'or, afin de se consacrer à sa vocation de comédien. Célèbre pour ses incarnations de personnages comiques typés, il prend la tête d'une troupe itinérante, certainement l'une des premières de l'histoire de la comédie espagnole, avec laquelle il sillonne l'Espagne au gré de ses engagements dans les palais princiers, sur les chars de la Fête-Dieu et dans les théâtres publics qui ouvrent leurs portes à ce moment-là à Séville, Madrid, Valladolid, Ségovie ou Valence. Pour la première fois dans l'histoire du théâtre espagnol, un seul et même personnage conjugue la pratique quotidienne du métier d'acteur, le dialogue permanent avec le public et l'art de la création littéraire. En ce temps où le sort de la représentation théâtrale repose sur des moyens d'efficacité immédiate, notamment le jeu personnel du comédien, Rueda est le premier auteur dramatique à même d'écrire sous la pression directe de son public. La première édition de ses œuvres est publiée à Valence, en 1567. Mal dégagés des influences italiennes, ses trois colloques rustiques et ses cinq comédies n'ont qu'un intérêt archéologique. Au contraire, ses vingt-quatre intermèdes (pasos) constituent une création riche et originale, ainsi qu'un jalon important de l'histoire du théâtre espagnol.

Brève scène comique en un acte, fondée sur une intrigue schématique soutenue par une action pauvre en rebondissements, le paso qui, à son origine, n'était qu'un simple épisode divertissant inséré dans le cours d'une œuvre majeure, devient, avec Rueda, un genre véritablement autonome. L'essentiel de sa substance provient des fables populaires et du folklore traditionnel. Les personnages, qui sont généralement au nombre de deux ou trois, appartiennent aux couches les plus modestes, voire les plus vulgaires de la société : laquais, paysans, Gitans, esclaves, voleurs. Parmi ces stéréotypes, où l'on chercherait en vain l'amorce d'une étude de caractère, se détache le personnage du benêt (el simple), crédule et habité d'appétits vulgaires, création personnelle de Rueda. Cris, gesticulations et effets grotesques pimentent un texte dont tout laisse à penser qu'il n'était pas écrit une fois pour toutes. À propos de ce théâtre, on a abusivement parlé de « réalisme ». Or, en dépit des apparences, personnages et situations n'ont que peu de rapports directs avec le monde réel. Celui-ci est stylisé, dégradé, caricaturé dans une création poétique aux finalités plus divertissantes que véritablement satiriques. La grande réussite de Rueda réside dans le langage qu'il prête à ses protagonistes. Il choisit la prose, qui confère plus de vraisemblance et de naturel. Vocabulaire du quotidien, inflexions et tournures plébéiennes, reparties vives et spirituelles composent un dialogue habile qui feint de refléter la langue populaire pour mieux la transcender dans une création artistique supérieure. Lope de Rueda restera dans l'histoire comme le promoteur génial de ce petit genre comique qui, sous les noms successifs de paso, entremés et sainete, constitue une des créations les plus vivantes et originales du théâtre espagnol. Il restera aussi comme l'un des créateurs de cette manière de « réalisme poétique » qui élève la langue populaire au rang des plus nobles valeurs esthétiques.

Rédacteur(s)
Édition Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine

Zone(s) géographique(s) :
  • Espagne
Période(s) :
  • Renaissance
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
16/06/2026