QUINAULT Philippe

Paris 1635 - 1688

Auteur dramatique français

D'humble origine, formé et introduit par Tristan l'Hermite, il rencontra le succès dès ses premiers essais dramatiques et termina sa vie couvert d'argent, de gloire et d'honneurs. La première partie de sa carrière (1653-1662) est dominée par la comédie et la tragi-comédie. On en retiendra, outre une intéressante Comédie sans comédie qui mettait le procédé du théâtre dans le théâtre au service d'une parade des principaux genres dramatiques de l'époque, son choix du genre tragi-comique, à une époque où, discipliné et dépossédé de la plupart de ses caractéristiques par la tragédie romanesque, le genre paraissait mort : coup d'audace qui lui réussit, puisque quatre de ses huit tragi-comédies, Amalasonte (1657) tout particulièrement, mais aussi le Feint Alcibiade (1658), Stratonice (1660) et Agrippa (1662, drame de sosie royal inspiré du très bel Oropaste de Boyer, représenté concurremment par Molière), furent de très grands succès. Ensuite, sans renoncer complètement à la comédie (la Mère coquette, 1665, inspirée de la comédie du même titre de Donneau de Visé jouée concurremment par Molière), il passe à la tragédie. Il n'en composa que trois, dont la première seulement eut un succès exceptionnel, Astrate (1665). Ce n'est pas elle qui fit sa réputation, mais la polémique dont elle fut l'enjeu (attaques très violentes de Boileau) devait confirmer définitivement Quinault dans sa réputation de « doucereux ». En fait, si tout y est effectivement soumis à l'amour, force entraînante présentée comme une vertu et non comme une faiblesse, si l'utilisation du mystère d'identité n'a pas la profondeur que Corneille et Boyer avaient su lui donner dans certaines de leurs tragédies, si la construction manque d'homogénéité, la situation des deux héros, Astrate et, surtout, Élise, possède une authentique puissance tragique, et l'enjeu politique du drame est remarquablement combiné avec la tragédie d'amour. Tout cela pour souligner que le talent de Quinault ne s'est pas seulement déployé dans la dernière partie de sa carrière, tout entière au service de la tragédie lyrique (1673-1686).

Inventeur aux côtés de Lully de l'opéra à la française, dont l'association s'était amorcée à l'occasion de Psyché (Molière, Corneille, Quinault, Lully), dernière grande tragédie à machines, Quinault écrivit pour le musicien une dizaine de « tragédies en musique ». De Cadmus et Hermione (1673) à Armide (1686, « l'opéra des dames »), en passant par Alceste (1674), Thésée (1675), Atys (1676), Isis (1677), Proserpine (1680), Persée (1682), Phaéton (1683, « l'opéra du peuple »), Amadis de Gaule (1684), Roland (1685), Quinault a réussi parfaitement le mariage de la passion pathétique et de la mythologie (mythologie moderne dans ses trois dernières œuvres), de la violence sublimée et de l'héroïsme poétisé, et a remarquablement su s'adapter à cette nouveauté qu'était, pour un Français, le récitatif. C'est pourquoi, malgré la simplification de la psychologie et l'accentuation des contrastes, l'absence d'enjeu véritable autre que la passion amoureuse, l'exacerbation de la galanterie romanesque, les contemporains ont estimé que le genre méritait pleinement son nom de « tragédie en musique ».

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas, 2008

Classement

Spécialité : 17ème siècle

Zone(s) géographique(s) :
  • France
Période(s) :
  • 17ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
30/04/2026