MCGUINNESS Frank
Auteur de théâtre irlandais, un des plus créatifs et prolifiques de sa génération.
À travers une bonne vingtaine d'œuvres, sans compter les nombreuses adaptations du répertoire européen qu'on lui doit (Ibsen, Garcia Lorca, Sophocle, Racine), McGuinness explore, dans une variété de styles allant du monologue (Baglady, 1988) à la pièce historique, une thématique diverse où figurent notamment la guerre et l'histoire (Regarde les fils de l'Ulster marchant vers la Somme (Observe the Sons of Ulster Marching Towards the Somme), 1985 ; Dolly West's Kitchen, 1997), le mythe et la religion (Borderlands, 1985 ; Gatherers, 1985), la famille (The Breadman, 1990) et la sexualité (Gates of Gold, 2002).
Dans sa première pièce, Factory Girls (1982), l'auteur met en scène la résistance – par le jeu et par l'imaginaire – qu'opposent les ouvrières d'une fabrique de chemise aux rôles imposés par la société, tant auprès de leurs maris que sur leur lieu de travail. Si les sept femmes se révoltent en s'enfermant dans l'usine, elles ne parviennent pas pour autant à changer la donne sociale ; la pièce témoigne néanmoins de la fonction libératoire des mots et de l'humour.
L'enfermement – celui des stéréotypes (Factory Girls) ou celui de la mémoire et du deuil (Carthaginians, Rédemptions, 1988) – sera au cœur de l'œuvre de McGuinness. Le titre d'une de ses œuvres les plus abouties, Regarde les fils…, évoque le parcours vers la mort de huit jeunes protestants de l'Ulster dont la certitude identitaire (« unioniste ») va se heurter à l'horreur incompréhensible des tranchées. C'est une pièce sur la mémoire comme prison, sur le besoin de créer des mythes : Pyper, unique survivant parmi les huit, ne résiste pas à la tentation de conférer à la mort de ses camarades un sens idéologique. Autre manifestation de l'enfermement : la prison au Liban dans Quelqu'un pour veiller sur moi (Someone Who'll Watch Over Me, 1992) où les trois otages – anglais, américain, irlandais – apprennent à se connaître en surmontant leurs préjugés culturels.
Si McGuinness, avec Friel, a largement contribué au renouvellement de la pièce historique, il se montre aussi à l'aise pour traiter de l'actualité récente que des siècles passés. Alors que ses personnages tentent tant bien que mal d'échapper à la prison des idées reçues, son théâtre tire profit de la métathéâtralité pour stimuler l'intelligence du spectateur. Dans Mutabilitie (Les Ruines du temps, 1997), la rencontre imaginaire du poète Spenser et de Shakespeare permet aux irlandais opprimés de fantasmer leur vengeance en jouant la chute de Troie, tandis que Gates of Gold s'inspire de la relation entre Hilton Edwards et Micheál Mac Liammóir (co-fondateurs du Gate Theatre) pour s'interroger sur l'identité sexuelle et sur la magie théâtrale.
L'œuvre de McGuinness se penche sur tout ce qui conditionne la place de l'individu au sein de la tribu ; partant des champs de bataille de l'histoire et de l'idéologie, son imaginaire finit par s'affirmer comme terrain de jeu libératoire.
Bibliographie sélective
- Théâtres irlandais , Maison Antoine Vitez ; sous la dir. de Isabelle Famchon, Castelnau-le-Lez : ClimatsMontpellier : Maison Antoine Vitez, 1996
Classement
Spécialité : Amérique du Nord et Iles Britanniques
- Irlande
- 20ème siècle
- 21ème siècle