FRIEL Brian

Omagh, 1929 - 2015

Auteur de théâtre irlandais.

Le plus original et le plus puissant des quarante dernières années. Dans sa première période, il continue la tradition d'O'Casey, commentant les problèmes politiques d'un pays qui cherche en vain à se libérer des siècles de colonialisme anglais.

Son premier grand succès, Philadelphia, Here I Come ! (Philadelphie, mon amour, 1964) est créé, comme la plupart de ses pièces, à Dublin avant d'être jouée à Londres et aux États-Unis ; son thème est la rigueur des conditions de vie en Irlande et la tentation constante de l'émigration vers l'Amérique. Dans sa pièce brillante, Translations (Traductions, 1980), la visite au Donegal d'une unité cartographique de l'armée anglaise en 1833 devient prétexte à une méditation sur les problèmes créés par la présence de l'armée britannique dans l'Irlande du Nord un siècle plus tard et sur l'impossibilité de « traduire » une langue ou une culture dans une autre. Mais son théâtre d'alors ne traite pas uniquement des relations anglo-irlandaises : la succession de monologues dans Faith Healer (Le Guérisseur, 1980) constitue une des réussites les plus remarquables du théâtre anglophone depuis la guerre. En 1973, il réussit déjà l'exploit de faire une pièce politique complexe sur un massacre à Belfast – Freedom of the City (Derry, les citoyens d'honneur) – et il a également créé une image inoubliable des petits propriétaires terriens dans Aristocrats (1979). En 1987, il fait une adaptation du roman de Tourgueniev, Pères et fils, pour le National Theatre de Londres, où sa pièce Making History (Créant l'histoire) est montée en 1988.

Entre 1980 et 1988, Friel compose une brochette d'œuvres souvent créées par la Field Day Theatre Company, structure fondée par l'écrivain et par le comédien Stephen Rea dans le but de représenter des sujets liés à l'histoire et à l'identité divisée de l'Irlande. En 1990, le succès retentissant de Danser à Lughnasa (Dancing at Lughnasa) – d'abord à Dublin, ensuite à Londres, à New York et à Paris (m. en sc. Guy Freixe, 2003) – marque un nouveau départ. Dans ce drame tchekhovien de l'attente et des promesses non tenues, l'univers domestique des sœurs Mundy laisse entrevoir, sous la gaieté de la danse rituelle, une blessure profonde, innommable. Tout au long d'une œuvre désormais considérable, Friel restera fidèle au même lieu scénique, à ce village aussi marginal qu'emblématique qu'est Ballybeg, situé dans le comté Donegal, mais dans les pièces postérieures à Danser à LughnasaWonderful Tennessee, 1993 ; Molly Sweeney (Molly S., 1994) ; Give Me Your Answer, Do ! (La Réponse, 1997) ; The Home Place (Terre natale, 2005) –, le contexte irlandais cède la place à une dramaturgie plus subjective qui, à travers des personnages souvent féminins, se préoccupe de la mémoire et de la croyance, du désir et de ses leurres. Alors que l'Irlande devient de plus en plus prospère, une pièce comme Molly S. pointe l'ambivalence de tout changement, le progrès s'accompagnant d'un dépérissement de la vie intérieure.

Parallèlement, Friel manifeste ses affinités avec la Russie du XIXe siècle en poursuivant ses adaptations irlandaises de Tourgueniev et de Tchekhov.

Depuis les débuts du Théâtre de l'Abbaye, Friel est sans conteste l'auteur de théâtre irlandais qui a réussi le mieux à décrire ces lieux où se nouent l'histoire individuelle et l'histoire collective.

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Amérique du Nord et Iles Britanniques

Zone(s) géographique(s) :
  • Royaume-Uni
Période(s) :
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
16/06/2026

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