KOTCHERGUINE Édouard
[Kocergin]
Scénographe d'Union soviétique-Russie
Après des études à l'Institut de théâtre, de musique et de film dans la classe d'Akimov et des recherches personnelles, il se fait remarquer avec Mon bonheur moqueur de L. Maliouchine en 1968. Il devient en 1972, au Théâtre dramatique Kommissarjevskaïa, le chef décorateur de Tovstonogov, qui voyait en lui « un allié sûr ». L'Histoire d'un cheval (1975), de M. Razovsky d'après une nouvelle de Tolstoï, présentée à Avignon en 1979, est le résultat le plus fameux de cette alliance. Son décor unique rappelle à la fois les dispositifs du théâtre forain, le balagan , qui rattache Kotcherguine à Blok ou Meyerhold, et l'espace abrité du vent dans la steppe que recherche le cavalier pour se reposer. Mais c'est avec Dodine, élève de Tovstonogov au début des années soixante-dix, qu'il entretiendra la collaboration la plus étroite et la plus riche, comme pour Les Golovlev, d'après Saltykov-Chtchedrine, en 1984. Sa scénographie se caractérise par la création d'un lieu unique modelable, destiné à assurer une permanence pour la durée de la représentation et à permettre les changements et les métamorphoses imposées par le déroulement de l'action sans altérer l'image originelle du lieu. Cette image est toujours forte et ambiguë, épurée comme une abstraction constructive et concrète comme un gîte. Il a une prédilection pour les matériaux pauvres ou les plus simples, comme le bois et la toile : le mur ondulant de toile grossière des Golovlev, où nichent fauteuils et guéridons, se plisse à son tour verticalement pour s'évanouir en une sorte d'effet de nuée ; la toile tendue et trouée de l'Histoire d'un cheval, érigée et fixée sur une ossature périphérique de forts poteaux en bois sombre, toile grise, salie et délavée, délimite un espace circulaire de jeu où se fondent les costumes de même toile. Il est clair que la scénographie, pour Kotcherguine, est un art majeur, un mode poétique de maniement de l'espace destiné à la révélation d'une œuvre dont il gouverne ainsi silencieusement la visibilité et la signification. On a pu voir récemment en France trois de ses scénographies réalisées pour Dodine : Frères et sœurs (tournées en France en 1988, 1994, 1997 et 1998), La Cerisaie (Odéon, 1994), et Les Démons (tournée à la MJC de Bobigny, 1995).
Classement
Spécialité : Technique et créateurs techniques
- France
- Russie
- 20ème siècle
- 21ème siècle