JELINEK Elfriede

Mürzzuschlag (Styrie), Autriche, 1946

Romancière, essayiste, auteur de pièces radiophoniques, dramaturge. Prix Nobel de littérature en 1996.

Élevée à Vienne, l'auteur y étudie l'histoire de l'art, puis le théâtre et la musique. Ses débuts dans l'écriture se font par la poésie, et elle publie ses premiers textes à partir de 1966. Suivent des romans, de nombreuses pièces radiophoniques et des traductions (notamment de pièces de Feydeau et de Molière). En 1979, elle aborde l'écriture dramatique avec Ce qui arriva quand Nora quitta son mari, pièce d'après Ibsen (Nora ou Une maison de poupée) . Depuis, elle compte parmi les auteurs dramatiques contemporains de langue allemande le plus souvent mis en scène.

Jelinek provoque. Ses textes se distinguent par un regard froid et sévère sur la disparité des intérêts économiques et des nécessités sociales dans la société actuelle, par son antifascisme agressif et son féminisme engagé. Ses textes dramatiques font table rase de toute contrainte théâtrale. « Je ne veux pas de théâtre » signifie pour elle « Je ne veux pas de théâtre d'expression » : « Le spectateur ne doit pas voir sur scène ce qu'il entend. La divergence entre geste, image et langage ouvre la voie à un processus de libre association. » Jelinek ne s'attarde pas à créer des personnages de chair et de sang avec leurs défauts et leurs faiblesses, mais elle utilise la polémique et les contrastes forts : « Une sorte de technique de gravure sur bois. Je frappe à tort et à travers avec la hache, pour ainsi dire, afin qu'il ne pousse plus d'herbe là où mes personnages ont mis le pied. »

Beaucoup de ses pièces font régulièrement scandale sur scène, notamment Burgtheater (1985) (pièce clé sur le rôle des artistes pendant l'époque nazie à Vienne), Krankheit oder Moderne Frauen (Souffrance ou Femmes Modernes) (1987), Stecken ! Stab ! und Stangl ! (Houlette, Bâton et Schlague, 1995), qui attaque très directement la responsabilité de la société autrichienne pour le meurtre raciste d'Oberwart (tuerie à la bombe dans un quartier gitan de l'est du pays), Raststätte oder Sie machens alle (Aire de repos ou Ils le font tous, 1994). Plusieurs pièces sont publiées et jouées en France : Nora, Totenauberg (la dispute fictive entre le philosophe allemand Heidegger et Hannah Arendt symbolise la confrontation de deux conceptions antithétiques de « patrie ») et Wolken Heim (Au pays des nuées) (1988) où Jelinek trace la recherche d'une identité, d'une légitimité : « Drôle d'interrogation sur son pays et la germanitude, confrontation avec le brave bourgeois autrichien et son passé récent » (H. Schwarzinger). Désir …, constitué de dramaticules sans rôles ni dialogues, représente l'idée que Jelinek se fait d'un théâtre hostile à toute illusion et à toute séduction. Maladie … est le lieu d'une prolifération verbale où la langue est traitée comme un matériau qui brasse toutes les références et tous les procédés linguistiques avec irrévérence et humour froid ; ce qui n'exclut pas un mordant satirique dont l'Autriche, toujours, et les mâles, font les frais.

Par son style acéré et son ton caustique, l'auteur a été comparé aux grands satiristes viennois dont les représentants les plus célèbres furent Kraus, Elias Canettiet Bernhard.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : 21ème siècle

Zone(s) géographique(s) :
  • Autriche
Période(s) :
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026

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Elfriede Jelinek