CALAFERTE Louis

(Turin 1928 - Dijon 1994)

Romancier, dramaturge, peintre et poète français.

Dans la préface de son Théâtre complet , il tente de cerner le sens de son geste : « Explorer certaines facettes du monde social à travers des choix de situations comiques qui, dans leur essence, restent vraisemblables… » Aussi recherche-t-il un « vrai » frappé du sceau du « tragique dérisoire » de l'existence en société et se moque-t-il de l'absurdité des habitudes ordinaires et des pressions sociales. Ses « pièces baroques et intimistes » offrent une écriture kaléidoscopique composée de microcosmes langagiers. Travaux sonores précis destinés à l'oreille, les pièces de Calaferte n'en sont pas moins des pièces de bouche. Outre qu'elles concernent parfois la mastication, elles offrent une image des éructations, des exclamations, des admonestations déclenchées par l'oppression familiale (les Titch , la Bataille de Waterloo , Une souris grise ) et par l'enlisement quotidien dans les contraintes futiles : celles, monotones, du couple avec ou sans progéniture (Trafic , les Miettes , l'Aquarium ) , celles, obligées, des relations entre le père et son fils (Tu as bien fait de venir, Paul ) , celles, bêtifiantes, des parents et de l'enfant (l'Entonnoir , les Derniers Devoirs ) . Dans les Mandibules , la famille se confond avec une immense boucherie . La manducation familiale s'achève ici en festin cannibale. À mi-chemin entre chœur* et polyphonie, Calaferte travaille une sorte d'opéra vocal. Réplique après réplique, une vague musicale submerge le lecteur (elle prend l'aspect du duo dans Mégaphonie ). Les attitudes et les déplacements des personnages sont réglés comme dans une composition instrumentale. Les mots sont répétés, relancés, inventés et se font écho. Ou bien la vague sonore épouse la forme de petites unités autonomes (Un riche, trois pauvres ), ou celle d'agencements de morceaux de musiques ou de fragments de chansons ( l'Opéra bleu ). Avec Le Roi Victor (m. en sc. G. Bourdet, Maison de la Culture de Loire-Atlantique), sont dénoncées la mécanique et la folie ordinaire des familles qui rêvent de faire tourner le monde à la baguette. L'attaque est dirigée contre toutes ces engeances au pouvoir. Dans l'œuvre entière de Calaferte, les didascalies jouent le rôle d'indications orchestrales, modulant l'énoncé du texte de façon à construire son énonciation ou fournissant des indications précises quant à la posture des personnages. Elles produisent un texte second, chevillé au système des répliques. Les pièces sont ainsi des morceaux à dire et des scénarios de mouvements. Les paroles y deviennent des mélodies syncopées sur le canevas* des actions.

Rédacteur(s)

Classement

Spécialité : Deuxième moitié du 20ème siècle

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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
11/02/2026

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Louis Calaferte