BOLGER Dermot

Dublin, 1956

Écrivain irlandais.

Sous ses casquettes de romancier, poète, éditeur novateur et dynamique, et auteur de théâtre, Dermot Bolger occupe depuis une vingtaine d'années une place centrale dans la littérature irlandaise. Issu des faubourgs du nord de Dublin, Bolger ne vient à l'écriture qu'après avoir travaillé comme ouvrier en Allemagne, puis comme aide-bibliothécaire.

Avec sa première pièce de théâtre, la Déploration d'Arthur Cleary (The Lament for Arthur Cleary, 1989), Bolger signe son chef-d'œuvre. S'inspirant d'un poème gaélique du XVIIIe siècle, il conserve de l'éloge funèbre d'une veuve toute sa colère lyrique, mais il replace dans une banlieue moderne et cauchemardesque, marquée par la drogue et la pègre, ce retour d'un exilé devenu un étranger dans son pays. Au lever du rideau, le « revenant » est déjà mort ; dans cette temporalité suspendue, la métaphore de la frontière – entre les pays, entre la vie et la mort – revient sans cesse. Dans une langue qui allie le quotidien au poétique, la pièce confère au réalisme des lieux une dimension véritablement mythique.

Au-delà des progrès économiques, le théâtre de Bolger ausculte la nouvelle Irlande ; aucun des piliers traditionnels – le nationalisme, la religion, la terre – ne résiste au travail de sape. Dans High Germany (1990), l'identité d'un émigré ne subsiste qu'à travers ses déplacements pour suivre l'équipe de foot irlandaise, alors que dans Holy Ground (1990), autre monologue puissant, une femme dévoile le vide de son couple, le chauvinisme d'un mari impotent qu'elle a fini par assassiner. C'est l'Église qui fait les frais de la farce décapante de Blinded by the Light (1990) : en proie au porte-à-porte prosélyte des mormons comme des catholiques, le jeune Mick devient le receleur involontaire de la tête du saint Oliver Plunkett, que ses copains ont volée dans une cathédrale.

L'univers de Bolger est marqué par le choc du quotidien et de l'insolite, du réel et du mythique, d'où les personnages-revenants de Arthur Cleary et de One Last White Horse (1991), les fantômes de Prodige à Ballymun (The Passion of Jerome, 1999) et les œuvres où alternent présent et passé (Ombre et lumière d'avril, April Bright, 1995).

À l'instar de la Déploration d'Arthur Cleary, les deux dernières pièces de Bolger ont été créées extra-muros, dans cette banlieue dublinoise en pleine mutation qui sert de cadre à l'action ; à travers des histoires parallèles, elles confrontent le Ballymun actuel à celui des années 1960 (From These Green Heights, 2004), l'émigration irlandaise d'antan à celle des Européens de l'Est aujourd'hui (The Townlands of Brazil, 2006), selon un procédé de juxtaposition théâtrale proche de celui utilisé par Bolger lui-même et Kazem Sharyari dans leur pièce irlando-kurde à quatre mains, Départ et arrivée (2004).

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Amérique du Nord et Iles Britanniques

Zone(s) géographique(s) :
  • Irlande
Période(s) :
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026

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Dermot Bolger