ALFIERI Vittorio
Le plus grand auteur tragique de l'Italie, une figure essentielle du néoclassicisme et du préromantisme italiens.
D'origine aristocratique, Alfieri vient au théâtre par la lecture des auteurs français, doublée d'un apprentissage progressif du style poétique italien. En treize ans, de 1775 à 1787, il donne vingt tragédies : Cleopatra, Filippo, Polinice, Antigone, Virginia, Agamemnone, Oreste, Rosmunda, Ottavia, Timoleone, Merope, Maria Stuarda, La congiura de' Pazzi, Don Garzia, Saül, Agide, Sofonisba, Bruto primo, Mirra, Bruto secondo, dont les intentions idéologiques sont explicitées parallèlement dans les traités Della tirannide (De la tyrannie, 1777) et Del principe e delle lettere (Du prince et des lettres, 1778-1786). Après une interruption consacrée pour l'essentiel à rédiger son autobiographie : la Vita, Alfieri revient au théâtre avec une Alceste seconda inspirée d'Euripide (1789), et six comédies d'inspiration aristophanesque parmi lesquelles Il divorzio (le Divorce) et La finestrina (la Lucarne, 1800-1802). Ces derniers textes sont étroitement dépendants de l'humeur sombre et de l'évolution antifrançaise de la pensée d'Alfieri pendant ses dernières années. Mais les dix-neuf tragédies publiées après l'ébauche de Cleopatra témoignent du génie de l'auteur qui réussit à concilier une vision libertaire de l'histoire avec une enquête sur le noyau passionnel des comportements individuels et une ascèse stylistique et dramatique visant à la brièveté, notamment par l'élimination des confidents. Le groupe des « tragédies de liberté » oppose à la figure négative du tyran, condamné à la solitude par la soif du pouvoir et le goût de la destruction, la figure solaire du héros de la liberté, dont l'entreprise pourtant se termine en général par la mort. La vision tragique d'Alfieri, affinée avec les années, culmine dans Saül et Myrrhe, où le roi châtié par Jéhovah et l'adolescente amoureuse de son père sont significatifs d'une condition humaine où les individus sont condamnés à la destruction par une sorte de « tare » originelle.
L'autobiographie du dramaturge dévoile presque explicitement les origines œdipiennes de ce théâtre des passions, héritier de Sénèque et de Racine, dont le néoclassicisme rigoureux, brûlant comme de la glace, annonce le romantisme.
Bibliographie sélective
- Saggi alfieriani , Walter Binni, Firenze : la Nuova Italia, 1969
- Le Désir et l'utopie , études sur le théâtre d'Alfieri et de Goldoni, Jacques Joly, Clermont-Ferrand : Faculté des lettres et sciences humaines, 1979
- Langue mortelle , études sur la poétique du premier romantisme italien, Michel Orcel ; préf. de J. Starobinski, Paris : l'Alphée, 1987
Classement
Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine
- Italie
- 18ème siècle