Venezuela
(Le théâtre au)
Ce n'est qu'à partir des années 1940 que l'on perçoit un développement continu et progressif de l'activité scénique, mais depuis lors son dynamisme a été exemplaire. De la longue époque coloniale espagnole, le pays a hérité l'essentiel du théâtre espagnol et européen et la période républicaine au XIXe siècle n'a pas forgé une véritable tradition théâtrale. Quelques auteurs de sainetes comme Simón Barceló (1873-1938) et Leopoldo Ayala Michelena (1897-1962), entre autres, ne parviennent pas à créer un mouvement original. Pendant les années 1940 une mutation notable s'opère : le pays cesse d'être fondamentalement agricole pour se tourner vers l'exploitation du pétrole, avec un regain de prospérité. En outre, après une succession de dictatures, commence en 1958 une période démocratique ininterrompue.
Un mouvement novateur s'affirme avec l'arrivée – à partir de 1945 – de quatre créateurs étrangers : Alberto de Paz y Mateos (Espagnol), en 1945 ; Jesús Gómez Obregón (Mexicain), en 1947 ; Horacio Peterson (Chilien) en 1949 ; Juana Sujo (argentine, 1918-1961), fondatrice de la Escuela nacional de artes escénicas (1940), qu'elle dirige jusqu'à sa mort. Il faut ajouter la présence brève, mais fondamentale du japonais Seki Sano – introducteur de la méthode de Stanislavski – chargé de donner un cours de formation théâtrale en 1947. L'écrivain et peintre Rengifo (1915-1980) avait déjà commencé en 1938 sa vaste production dramatique, ce qui fait de lui le fondateur de la dramaturgie vénézuélienne contemporaine. La constitution de la Federación venezolana de teatro (1954), qui rassemble les compagnies indépendantes et l'organisation, à partir de 1959, de festivals nationaux de théâtre sont les signes nets des progrès réalisés en peu d'années. Il faut ajouter la contribution de formations théâtrales tels que Máscaras, créé en 1951 par Rengifo, Luis Colmenares Díaz et Enrique Eyzaguirre ; Teatro del Ateneo (animé par Horacio Peterson, 1952-1970) ; Los Caobos (1958), de Juana Sujo ; Grupo Bohemio (1967), de Levy Rossell ; Grupo Theja (1973), de José Simón Escalona et surtout le Nuevo Grupo (1967-1988) – à l'initiative de trois importants auteurs, metteurs en scène et acteurs : Isaac Chocrón (né en 1932), Román Chalbaud (né en 1931) et José Ignacio Cabrujas (1937-1995) – véritable institution qui a marqué les dernières décennies.
En tant qu'auteurs ils forment le trio d'avant-garde de leur génération. Le théâtre de Chalbaud : La quema de Judas (L'Immolation de Judas, 1964), Los ángeles terribles (Les Anges terribles, 1967) et celui de Cabrujas : Acto cultural (Soirée culturelle, 1973) et El día que me quieras (Le Jour où tu m'aimeras, 1979) mettent en jeu une vision « socio-critique » (L. Azparren) des problèmes humains, alors que celui d'Isaac Chocrón : El quinto infierno (Le Cinquième enfer, 1961), Animales feroces (Bêtes féroces, 1963), OK (1969), La máxima felicidad (Le Plus Grand bonheur, 1974) et La Révolution (1974), se penche avant tout sur l'intériorité des personnages et de leurs problèmes existentiels. Et l'apport de ces écrivains à la mise en scène dans les deux salles du Nuevo Grupo est de première importance. À cette génération appartiennent également Gilberto Pinto (né en 1930) et José Gabriel Núñez (né en 1937). On peut aussi considérer comme essentielle l'activité, dans les années soixante, du Teatro de la universidad central de Venezuela, dirigé par Nicolás Curiel puis par Herman Lejter, qui font connaître le théâtre et les idées de Brecht.
Dans la génération suivante se distinguent : Rodolfo Santana (né en 1944), auteur de nombreuses pièces tels que La Farra (La Bringue, 1970), La empresa perdona un momento de locura (L'entreprise pardonne un moment de folie, 1974) et Encuentro en el parque peligroso (Rencontre dans le parc dangereux, 1989) ; suivi de Paul Williams (né en 1942) ; Luis Brito García (né en 1944) ; Mariela Romero (née en 1949) ; Néstor Caballero (né en 1953) ; Ibsen Martínez (né en 1951), remarqué pour sa pièce Humboldt y Bonpland, taxidermistas (1981) ; et Edilio Peña (né en 1951), dont la pièce Los pájaros se van con la muerte (Les Oiseaux s'en vont pour mourir, 1976) a eu le prix Tirso de Molina. Dans les années soixante, l'afflux, pour des raisons politiques, de metteurs en scène venant en majorité de la zone sud du continent a renforcé le mouvement théâtral déjà en plein développement. Quelques noms : Carlos Giménez (1946-1993), fondateur du Grupo Rajatabla (1971), troupe emblématique du théâtre vénézuélien, liée à l'Ateneo jusqu'en 1983, année où elle devient indépendante ; Armando Gotta, Ugo Ulive, Antonio Constante, Romeo Costea et Juan Carlos Gené, dramaturge d'origine argentine, fondateur du Grupo Actoral 80 (1983).
La nouvelle promotion de dramaturges est représentée par Xiomara Moreno, Marcos Purroy, Gerardo Blanco Lòpez, Johnny Gavlovski, Carlos Sánchez Delgado, José Miguel Vivas, Carlota Martínez, Óscar Garaycochea et Gustavo Ott, qui a obtenu le très convoité prix Tirso de Molina 1998 avec sa pièce 80 dientes, 4 metros y 200 kilos (80 dents, 4 mètres et 200 kilos). Le début de la décentralisation théâtrale opérée dans les dernières décennies, touchant quelques villes de province (Mérida, Zulia, Maracaibo, Barcelona, Valencia et autres), assure un élan national au théâtre vénézuélien, phénomène avec lequel il faut compter au début du troisième millénaire. Sur le plan international, le Festival de Caracas, dirigé jusqu'à sa mort par Carlos Giménez, a eu un rôle très important, puisque, depuis 1973, il a rassemblé les troupes les plus novatrices des dernières décennies.
Bibliographie sélective
- Teatro venezolano contemporáneo , Madrid : Fondo de cultura económica, 1991
- Un Enfoque crítico del teatro venezolano , Rubén Monasterios, Caracas : Monte Avila, 1975
Classement
Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine
- Venezuela
- 20ème siècle
- 21ème siècle