Turc
[théâtre turc du conteur]
Le théâtre du conteur, le meddah (littéralement le donneur de louanges ou l'élogieux), appartient à la tradition du théâtre populaire turc sous forme d'histoire dramatique contée par un seul diseur professionnel.
D'un autre côté, la tradition théâtrale folklorique a pour conteurs les aschougs (littéralement amoureux). Comme en Azerbaïdjan, ils sont les héritiers des antiques ozan ou bakschi de l'Asie centrale, ces troubadours qui chantaient leurs textes en s'accompagnant d'un instrument à cordes. Leurs poèmes furent d'abord de nature héroïque (pendant cinq siècles), puis ils devinrent lyriques ; cependant, encore aujourd'hui on trouve des aschougs qui chantent des épopées faisant alterner récits en prose et vers chantés. Meddah et aschougs sont l'une des richesses du patrimoine culturel de la Turquie. Leur répertoire de cycles de récits est très riche : récits mystiques, récits de hauts faits héroïques, récits sur des personnages archétypes ou des personnages remarquables et historiques, récits d'amour sur des redresseurs de torts, récits fantastiques, récits de brigands, récits de guerre, récits humoristiques. Le meddah n'est jamais uniquement oral, il est aussi un spectacle : un conteur est également un acteur. Ses mimiques, ses gestes comptent presque autant que sa voix. Il doit savoir en jouer ainsi que de ses mains, de son corps, de sa marche, pour que les mouvements soient en harmonie avec les personnages et les situations. En outre, il doit être capable d'imiter les cris d'animaux, les dialectes des différentes provinces, les cris des marchands ambulants, la voix de divers types de personnages masculins et féminins. Un récit à la troisième personne alterne avec des dialogues à la première. Une canne de bois dans la main et un mouchoir sur l'épaule sont les seuls accessoires du meddah. La canne est à la fois un instrument de bruitage (coups au sol pour attirer l'attention des spectateurs, coups à la porte) et un signe multiforme : fusil, instrument de musique, cheval. Quant au mouchoir, il sert à essuyer la sueur mais tient lieu aussi de bonnet, et de voile de femme pour cacher le visage.
L'institution des cafés a beaucoup favorisé le développement de la littérature orale en Turquie, en lui fournissant un cadre, jusqu'à la Première Guerre mondiale, époque où le meddah a presque complètement disparu. En effet, le conteur pouvait se rendre chaque jour, à heure fixe, dans un lieu où il racontait son histoire, reprenant le lendemain au point où il était resté. Entre les divers épisodes, il prodiguait conseils et avis et faisait allusion aux événements du jour, débordant largement son sujet. Ces digressions, si le conteur était habile, ajoutaient au charme de son récit et le rendaient plus vivant. En pleine représentation, le conteur s'interrompait et invitait le public à revenir pour connaître la suite. La séance terminée, il appelait la bénédiction de Dieu sur les spectateurs, puis faisait le tour de l'assistance, chacun le rétribuant selon ses moyens.
Bibliographie sélective
- Folklore , performance and communication, edited by Dan Ben-Amos and Kenneth S. Goldstein, The HagueParis : Mouton, 1975