Tibet
(Le théâtre au)

Dans la civilisation tibétaine traditionnelle, plusieurs types de spectacles remplissaient auprès de la population un rôle didactique et édifiant. Parmi ceux-ci, une place à part doit être réservée à une forme de théâtre musical que les Tibétains désignent par le nom d'un des personnages qui interviennent dans le préambule de chacune des pièces, la « sœur-déesse » ou a-Ice lha-mo plus souvent abrégé en lha-mo.

L'origine de ce théâtre n'est pas connue de façon précise mais l'existence de représentations théâtrales dans l'enceinte des monastères est attestée à partir du XVe siècle. Ces représentations semblent avoir emprunté leurs thèmes à la tradition indienne puisqu'elles illustraient principalement les vies antérieures du Bouddha, l'histoire des maîtres indiens et tibétains qui contribuèrent à la diffusion du bouddhisme, le combat des dieux et des titans. Au XVIIe siècle, le cinquième dalaï-lama aurait largement contribué au développement du théâtre lha-mo en favorisant la création de troupes d'acteurs.

Le répertoire exécuté à l'époque contemporaine ne dépasse guère une dizaine de pièces dont le caractère religieux est évident, même si des épisodes bouffons peuvent être insérés dans la trame d'une histoire familière à tous les spectateurs. Les pièces sont désignées par le nom du personnage qui en est le héros ou l'héroïne : le jeune garçon Padma 'od-'bar, le prince Nor-bzang, le roi Dri-med kun-ldan, exemple d'une charité parfaite, les épouses du roi Strong-btsan sgam-po par exemple.

Le spectacle, généralement fort long, se déroulait traditionnellement – et se déroule encore – en plein air avec des décors réduits, plantés dans la cour des monastères ou, jadis, des demeures seigneuriales ; les acteurs, professionnels ou amateurs, laïcs en général, appartiennent le plus souvent à des troupes constituées.

À Lhassa, avant 1959, une dizaine de troupes officiellement reconnues par le gouvernement étaient tenues de fournir leur prestation pendant une période déterminée, correspondant à la fin de l'été. Des membres de ces diverses troupes ont suivi le quatorzième dalaï-lama dans son exil indien et se sont attachés à conserver la tradition du lha-mo qu'ils transmettent aux jeunes générations de Tibétains. Le Tibetan Institute of Performing Arts qui s'est constitué à Dharamsala en Inde a progressivement inscrit à son répertoire plusieurs pièces qui ont été présentées dans des versions abrégées ou sous forme de morceaux choisis en Europe et aux États-Unis. En région autonome du Tibet et dans les provinces adjacentes, en dépit des efforts du gouvernement chinois pour élargir le répertoire du lha-mo à d'autres sujets, il semble que le répertoire traditionnel ait conservé les faveurs du public tibétain.

L'existence de livrets imprimés dont plusieurs ont bénéficié de traductions en anglais ou en français permet d'avoir accès à un texte de toutes les pièces du répertoire mais ne suffit pas à rendre compte du caractère vivant des représentations où l'acteur, tour à tour chanteur, mime ou danseur, se doit de manifester ses capacités d'improvisation ; en outre, la partie musicale du lha-mo, qu'il s'agisse des airs correspondant aux différents personnages ou de l'accompagnement fourni par les cymbales et le tambour sur cadre, relève entièrement de la tradition orale.

Actuellement, en dépit de conditions politiques extrêmement difficiles, il semble que la tradition originale du lha-mo tibétain ne risque pas de disparaître dans un proche avenir.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Espace asiatique

Zone(s) géographique(s) :
  • Chine
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026