Théâtre de papier
Cette technique de manipulation de figurines plates dans une scénographie miniature naît vraisemblablement au début du XIXe siècle en Angleterre. C'est en 1812, qu'I. K. Green publie, à Londres, la première façade de théâtre à monter. Ces théâtres vont se composer de plusieurs éléments indispensables pour jouer un spectacle : une façade – souvent inspirée de théâtres existants –, des décors et des coulisses, des personnages dans des positions variées et un texte, résumé souvent malhabile de celui d'origine. Ces feuilles seront mises en couleurs par l'imprimeur avec des techniques différentes selon les pays – peinture à la main, au pochoir, lithographie… – ou par l'acheteur lui-même. À la maison, l'heureux possesseur de ces feuilles les collera sur du carton puis les découpera, les assemblera, et présentera son spectacle à sa famille ou à ses amis. La taille de ces théâtres dépassera rarement les cinquante ou soixante centimètres.
En Autriche, on trouve des théâtres de papier dès la fin des années 1820, dont certains très grands chez Trentsensky (premier éditeur dans ce pays). En Allemagne, les premiers théâtres apparaissent à peu près à la même période. Curieusement, la France va publier de nombreux théâtres sans les relier à la vie théâtrale. Des théâtres où l'on va devoir inventer son propre spectacle. Il existe peu de planches de personnages, aucun texte de pièce, et l'étude sur ce domaine n'en étant qu'à ses débuts, le retard pris sur la recherche par rapport aux autres pays pose des problèmes de sources et de mémoire vive. Cependant, la production est remarquable, essentiellement en provenance d'imagiers de l'Est de la France – Wentzel à Wissembourg (à partir de 1833), Didion à Metz et ses successeurs à Nancy (à partir de 1840), Pellerin (à partir de 1840) et Pinot (à partir de 1866) à Épinal, Haguenthal à Pont à Mousson (à partir de 1870) – mais aussi à Paris chez Ulysse (à partir de 1830), Glémarec (à partir de 1845), Boucquin (à partir de 1862), ou encore Méricand (avec la revue Mon Théâtre, 1904-1905). Au Danemark, l'essor des théâtres de papier sera plus tardif et essentiellement porté par deux éditeurs, Alfred Jacobsen de 1880 à 1924 et Carl Allers à partir de 1914. Trois autres pays vont développer plus tardivement leurs propres théâtres de papier après avoir longtemps diffusé les productions étrangères : l'Italie, l'Espagne et la République tchèque.
L'histoire initiale du théâtre de papier est donc celle d'une production éditoriale européenne (quelques théâtres sont à signaler aux États-Unis) s'adressant à des particuliers. Elle n'a jamais alors concerné le monde des professionnels ou été incluse dans celui de la marionnette.
Le renouveau du théâtre de papier apparaît au début des années 1980, porté par des artistes et non plus par des éditeurs. Ce sont eux qui vont le faire revivre, soit en utilisant des théâtres « historiques », soit en partant du principe de base et en réalisant des productions contemporaines. Peu de compagnies se consacrent totalement à cette technique mais, au début du XXIe siècle, on peut répertorier plus de deux cent troupes, cette fois dans le monde entier, produisant des spectacles utilisant le théâtre de papier. Ce nouvel engouement est porté aussi par deux manifestations spécifiquement consacrées à cet art, le Festival de Preetz en Allemagne (annuel) et les Rencontres Internationales de Théâtres de Papier à Mourmelon-le-Grand en France (bisannuelles).
Bibliographie sélective
- "A Penny plain and twopence coloured" from Memories and portraits, 1887 , [by] Robert Louis Stevenson, [London] : B. Pollock, [1948]
- Toy theatres of the world , Peter Baldwin ; foreword by George Speaight, [London] : Zwemmer, 1992
Classement
Spécialité : Technique et créateurs techniques