Thaïlande
(Le théâtre en)
Très proche de la tradition khmère, le théâtre thaï se compose de diverses sortes de danses, dont certaines sont masquées, et de théâtres d'ombres. Si les spectacles de grandes figures d'ombres portées par des danseurs ont aujourd'hui disparu, ceux des petites figures de cuir, manipulées par un seul montreur, sont encore très populaires dans le sud du pays.
L'une des formes les plus anciennes du théâtre classique de Thaïlande est un spectacle de danse masquée, d'origine khmère, appelé khôn. Celui-ci ne représente que le Ramakien, l'adaptation thaïe du Ramayana indien. Le visage totalement dissimulé sous le masque, les acteurs ne dialoguent pas ; ce sont des récitants qui déclament les passages représentés qu'une douzaine de femmes rythment de leurs chants. L'orchestre pîphât, qui ne comprend que des instruments à vent et à percussion, joue les thèmes traditionnels symbolisant la marche, l'envol, le rire, les pleurs, la colère ou l'amour.
Guerrière et acrobatique, cette danse est traditionnellement réservée aux hommes (à l'inverse du Cambodge où la troupe est entièrement féminine). Si, aujourd'hui, les femmes sont acceptées, elles ne tiennent jamais de rôles principaux. À l'origine, tous les personnages masculins portaient des masques. Aujourd'hui, les héros et les divinités n'en portent plus. Ces masques sont en papier mâché, peints de différentes couleurs, avec une ornementation très élaborée. Image des héros divins et source de métamorphose, le masque est un objet sacré.
Le danseur ne commence à porter le masque de son rôle qu'après avoir participé au rituel d'initiation lui en donnant le droit, à la fin de son apprentissage. Tous les ans, durant la cérémonie waï khrû, l'« hommage aux maîtres », les danseurs apportent des offrandes à leurs professeurs ainsi qu'aux héros « incarnés » par les masques. Car, comme les statues du Bouddha, les masques ont été investis par l'« esprit » de leur personnage durant la « cérémonie d'ouverture des yeux », un rite d'origine brahmanique destiné à donner son pouvoir à l'objet.
Le lakhon est une autre forme théâtrale de la grande tradition classique thaïe. Le plus ancien, le lakhon nôk ou « lakhon extérieur » parce qu'on ne le jouait qu'à l'extérieur du palais, est un théâtre populaire dont tous les rôles sont tenus par des hommes. Vers le début du XVIIIe siècle, une troupe exclusivement féminine a été créée pour donner des représentations réservées à la cour. Ainsi naquit le lakhon naï ou « lakhon intérieur ». Ces troupes ont un répertoire assez vaste : certains épisodes des jâtaka, des contes populaires ou des récits d'auteurs célèbres.
Le théâtre de marionnettes est, selon toute probabilité, d'origine chinoise. La forme la plus ancienne, sans doute la première, s'appelait hun yaï ou « grandes marionnettes ». Aujourd'hui, les marionnettes hun krabôk sont plus petites, leur corps est un gros bambou dans lequel vient s'encastrer une tête mobile. Des tiges de bambou, cachées sous un large vêtement, sont attachées aux mains. Le répertoire comme la musique sont semblables aux danses classiques.
La Thaïlande a connu aussi un théâtre d'ombres de grandes figures portées par des danseurs ou nang yaï. Celui-ci, tout à fait similaire au théâtre khmer, a aujourd'hui totalement disparu.
Le théâtre d'ombres, nang talung, est encore extrêmement populaire dans le sud du pays, dont il est originaire. C'est un théâtre de petites figures de cuir articulées que l'on manipule derrière un écran éclairé par une source lumineuse. Il est joué dans un petit abri sur pilotis où se tiennent six à huit musiciens et le manipulateur. La représentation dure toute la nuit. Le montreur mène seul son spectacle. Il doit manier les marionnettes, jouer la comédie et improviser des dialogues comiques, en mêlant traditions légendaires et actualité. Capables de divertir, de donner un enseignement et d'observer certains rituels, les montreurs sont des membres respectés de la communauté villageoise.