Répétition
La répétition au théâtre est riche d'équivoque : elle désigne aussi bien les séances de préparation du spectacle que la condition même de l'exercice de l'art du théâtre.
Notion située au cœur d'une pratique essentiellement réitérative, la répétition peut être identifiée au théâtre en soi : le jeu simule l'action réelle dans une duplication à l'infini d'événements qui perdent ainsi leur caractère inéluctable. Tous les soirs, sur scène, les morts reviennent à la vie pour saluer le public. Selon les écoles de pensée, les critiques soulignent l'aspect magique de la répétition théâtrale, en analogie aux sacrifices religieux (la tragédie grecque), ou au contraire sa force démystificatrice. Ce qui peut être indéfiniment répété, imité – ironisé – perd de sa valeur. Le théâtre comique se fonde sur la répétition à x degrés des plus vieux schémas dramatiques pour faire rire : le mari, la femme, l'amant. En face de la tradition du Boulevard, on comprend qu'Artaud ait voulu abolir la répétition théâtrale en instaurant une représentation unique, donc absolument sacralisée. Unicité perdue d'un acte théâtral si fort qu'il se chargerait du sens de la vie.
Les répétitions qui préparent un spectacle ont connu une histoire parallèle à celle de la mise en scène. L'importance du travail en répétition dépend du statut accordé au metteur en scène. Les régisseurs du XIXe siècle n'imposaient que très peu de répétitions aux « monstres sacrés », ingouvernables ; la répétition est d'abord un ajustement technique. Après les spectaculaires mises en place des « clous » à grand spectacle (type Châtelet), les répétitions prirent leur sens actuel avec le travail de préparation du comédien inventé par Stanislavski en Russie, ou Copeau en France. Dans une dramaturgie de l'improvisation et de la participation du public (type Living Theatre), la répétition devient même un travail impossible.
Bibliographie sélective
- Les répétitions , un siècle de mise en scène, cahier réalisé sous la dir. de Georges Banu, Bruxelles : Alternatives théâtrales, 1996