Nouvelle-zélande
(Le théâtre en)
Durant son premier siècle d'existence, la Nouvelle-Zélande a souvent été décrite comme la Grande-Bretagne du Sud. Pour la majeure partie de la population d'origine britannique l'Angleterre était la mère patrie. Pourtant en 1990, date de son 160e anniversaire, la population de Nouvelle-Zélande, constituée d'indigènes maoris, d'Européens de vieille souche descendant des premiers colons et d'immigrants de fraîche date, a entrepris de se définir autrement. Le théâtre a sans aucun doute joué son rôle dans la transformation de cette colonie britannique en une nation indépendante du Pacifique. Au fur et à mesure que la Nouvelle-Zélande travaillait à élaborer une identité nationale, le théâtre s'est développé et diversifié, reflétant et provoquant tout à la fois ces changements de mentalité.
Vers l'autonomie culturelle
Les premières représentations théâtrales sont données à Auckland, Wellington et Nelson autour de 1840 ; c'est du théâtre de divertissement destiné aux clients des hôtels. À partir des années 1880 on accueille quelques compagnies étrangères : la troupe australienne de J.C. Williamson ainsi que la Shakespeare Company d'A. Wilkie. Il existe aussi une production locale, par exemple The Land of the Moa (Le Pays du Moa), mélodrame écrit en 1895, ainsi que l'opérette Marama : The Mere and the Maori Maid (Marama : la servante des Mere et des Maoris), créée en 1920 avec un énorme succès populaire. À la fin des années vingt les tournées des troupes étrangères se font rares : c'est dû en partie aux difficultés économiques mais aussi, en Nouvelle-Zélande comme dans le reste du monde occidental, à la percée du cinéma ; il n'y a plus assez de public pour le théâtre. En réaction, de nombreuses troupes de théâtre amateur, dans le cadre de sociétés locales ou d'instituts provinciaux de femmes, se multiplient rapidement pour combler le vide et, grâce à la fondation en 1932 d'une filiale de la British Drama League, connaissent un développement considérable.
Le théâtre amateur montre peu d'intérêt pour les pièces longues de production locale ; quelques exceptions cependant avec The Axe (La Hache), pièce en vers d'A. Curnow (1948) où la Nouvelle-Zélande occupe volontairement la place centrale. Le pays sort tout juste de la Seconde Guerre mondiale et en tire les leçons ; il a pris conscience de son éloignement et de son isolement ; il remet en question ses liens avec la mère patrie. Désormais il est inévitablement question d'un théâtre national néo-zélandais.
Le tissu théâtral néo-zélandais
1953 marque une étape décisive vers la création d'un théâtre professionnel : R. et E. Campion fondent le groupe des Acteurs néo-zélandais (New Zealand Players) après trois ans passés à l'Old Vic de Londres. Sept ans durant la troupe parcourt le pays et l'on compte parmi ses membres Boyce, jeune décorateur britannique, devenu aujourd'hui l'un des plus prestigieux artistes néo-zélandais. Non seulement les Players jouent Shakespeare, Shaw et Anouilh mais aussi en 1956 The Pohutakawa Tree (L'Arbre de Pohutakawa), pièce écrite pour eux par B. Mason, qui, comme critique, essayiste, acteur et écrivain est demeuré, jusqu'à sa mort en 1982, une autorité du théâtre néo-zélandais. L'Arbre marque un jalon : pour la première fois on s'attache à étudier en profondeur le comportement et la culture des Néo-Zélandais tant Maoris qu'Européens d'origine. Pourtant en 1960 les Players doivent cesser leurs activités : les tournées sont devenues de plus en plus coûteuses et comme la troupe cherchait à rassembler un auditoire national, elle allait jouer aussi bien dans les villages que dans les grandes villes.
La radio néo-zélandaise, apparue dans les années soixante, devient, grâce à l'impulsion de W. Austin, un facteur capital pour le développement du théâtre : en plus de son rôle de diffuseur des productions dramatiques, elle offre aux écrivains, acteurs et metteurs en scène un terrain d'essai, des emplois, des encouragements et des revenus. Le nouveau théâtre professionnel néo-zélandais se développe sur une base régionale : en 1963, création du Downstage à Wellington, suivi en 1968 du Mercury à Auckland. S'inspirant de la formule lancée par le Downstage, ce sera Le Court à Christchurch (1971), Le Fortune à Dunedin (1974) et Le Centrepoint à Palmerston North (1974).
Wellington demeure le centre de l'activité théâtrale la plus intense et la plus variée. Il y existe trois théâtres professionnels. Downstage et Circa (créé en 1974) offrent une programmation permanente qui va du théâtre néo-zélandais contemporain aux pièces étrangères et aux classiques internationaux. Le Bats Theatre est réservé aux acteurs et aux écrivains débutants. D'autres institutions majeures ont leur siège à Wellington. Elles comprennent Toi Whakaari avec la Nouvelle école dramatique de Nouvelle-Zélande, la Nouvelle école de danse de Nouvelle-Zélande, un solide programme universitaire de théâtre à Victoria Université et l'important Festival international des arts qui se tient tous les deux ans. Ajoutons Capital E, centre théâtral pour enfants qui fait des tournées dans le pays et la compagnie de théâtre maori Taki Rua (qui prit naissance au Dépôt en 1983) : devenue une unité de production basée à Wellington, celle-ci passe commande, développe et organise des tournées de théâtre maori en anglais et en te reo (la langue maori) au niveau national et international. Playmarket a été fondé à Wellington en 1973 comme organisme de soutien à l'écriture théâtrale : il sert d'agent et de promoteur ; il aide à monter des ateliers de pièces nouvelles.
Auckland est tout différent. Doté de la croissance démographique la plus rapide, c'est le centre le plus vaste et le plus diversifié du pays ; c'en est le cœur commercial. Le théâtre professionnel a eu beaucoup de mal à s'y implanter et à se maintenir dans un environnement aussi changeant. Corporate Theatre et Mercury Theatre se sont repliés dans les années 1987-1992 et ont été remplacés par des tournées qui se produisent un certain nombre de fois. Aujourd'hui la compagnie Auckland Theatre crée abondamment du théâtre contemporain, y compris des pièces néo-zélandaises, et Silo Theatre encourage les acteurs à innover. Il existe aussi un grand nombre de compagnies qui produisent des spectacles en vue des festivals et des tournées, et les artistes ont tendance à travailler en dehors du théâtre, à la télévision et au cinéma. Un exemple réussi est donné par l'auteur-acteur samoan Oscar Kightley qui à la fois, dans son théâtre, écrit et joue ses pièces Fresh off the Boat et Dawn Raids, dirige la série télévisée Bro'Town et joue dans le long métrage Sione's Wedding (Le Mariage de Sione).
Thèmes et œuvres
De nombreuses pièces de théâtre traitent d'événements historiques, ce qui est normal dans un pays encore à la recherche de son identité. De cette espèce on peut citer tout particulièrement Once on Chunuk Blair de M. Shadbolt, où est analysé l'anéantissement, par la faute des Britanniques, d'un régiment néo-zélandais posté aux Dardanelles pendant la Première Guerre mondiale. Autres pièces souvent jouées : Wednesday to Come (Mercredi prochain) de Renée, Shuriken de O'Sullivan, The Case of K.M. (Le Cas de Katherine Mansfield) écrit et joué par C. Downes (prix du festival d'Édimbourg en 1979). R. Hall est sans conteste l'auteur le plus connu et le plus joué, avec ses comédies : Conjugal Rites, Spreading out, Market Forces, Glide Time, Middle Age Spread, The Share Club (Le Club de gestion boursière), sa satire politique State of the Play (L'État du jeu) et sa comédie musicale sur le monde rural néo-zélandais, Footrot Flats (Le Pays des culs-terreux) ; il écrit des pantomimes pour le public des familles.
Le théâtre est caractérisé par son indépendance, sa créativité, sa solide tradition de théâtre amateur et l'importance de groupes de théâtre expérimental non institutionnels, auteurs de leurs propres pièces : Le Amamus, le Theatre of the eighth day qui lui a succédé (fondateur : P. Maunder), Le Red Mole (de A. Bruntonet S. Rodwell), le Inside-out et le Front Lawn, The Naked Samoans, Massive Theatre Company, Indian Ink Company.
La Nouvelle-Zélande en 2007 est bien différente de ce qu'elle était il y a quelques décennies : la langue et la culture maories connaissent une renaissance théâtrale et le réexamen du traité de Waitangi, signé en 1840 par le gouvernement britannique et les chefs maoris, atteint en profondeur la conscience des Néo-Zélandais. Le théâtre s'en fait peu à peu l'écho et pousse les traditions indigènes à établir des relations neuves et imaginatives avec les traditions et les styles du théâtre européen. On a déjà évoqué l'œuvre de B. Mason. Bien qu'il soit pakeha (Blanc), il a écrit des pièces inspirées des thèmes maoris et il a déclaré qu'il cesserait d'en écrire dès que les auteurs maoris eux-mêmes seraient prêts à porter au théâtre les expériences et les problèmes de leur peuple. Certaines pièces maories ont déjà vu le jour avec des auteurs comme B. Grace-Smith, Hone Kouka, R. Habib, H. Tuwhare, R. Paratene, R. Brown, B. Stewartet W. Ihimaera. Des acteurs comme Cliff Curtis, Rawiri Paratene, Rena Owen, Nancy Brunning, Henare* et R. Potiki, des metteurs en scène, des émissions de radio, des films à succès comme Once Were Warriors , The Whalerider , Ngati et Utu sont un aiguillon supplémentaire
Le théâtre de femmes est très vivant et remporte beaucoup de succès ; il est fortement orienté politiquement depuis ses débuts et il se fait l'écho des idées issues des conventions féministes de 1973 et 1977. Les femmes néo-zélandaises n'avaient pas alors de place dans les instances de direction administrative et les grands théâtres institutionnels. Les femmes investissent de plus en plus le monde du théâtre grâce au Comité électoral pour l'égalité des femmes, grâce aussi au bon accueil réservé aux représentations, aux films, aux séries télévisées écrits, réalisés ou joués par des femmes.
Quel est l'avenir du théâtre néo-zélandais ? Malgré l'arrivée de nouveaux immigrants, le théâtre n'aura toujours qu'un public limité. Néanmoins, si on le compare avec les années 1980, le théâtre tient une place importante dans la vie de la nation. On doit, pour lui conserver son rôle, continuer à former des acteurs, des metteurs en scène, des directeurs de théâtre – et les garder –, tout en favorisant le théâtre à l'école. L'évolution du théâtre dépend, comme partout, de l'engagement politique et financier de l'État et de la bonne volonté des Néo-Zélandais eux-mêmes s'ils veulent déceler et exploiter les richesses variées du monde théâtral de leur pays.
Bibliographie sélective
- New Zealand drama , a parade of forms and a history..., Bruce Mason, Wellington : New Zealand university press, 1973
Classement
Spécialité : Amérique du Nord et Iles Britanniques
- Nouvelle-Zélande