Népal
(Le théâtre au)

La tradition théâtrale népalaise s'est épanouie principalement dans la vallée de Katmandou, centre culturel du pays et berceau de la riche civilisation newar. Elle remonte à l'époque Licchavi (Ve - IXe siècle). Mais ce n'est qu'entre le XVIe et le XVIIIe siècle, sous la dynastie Malla, qu'elle atteint son plein développement. Les pièces de cette époque sont écrites soit en newari, soit en maithili, en bengali ou en hindi. C'est un théâtre de cour. Souvent composés par les rois eux-mêmes, les spectacles (appelés nāṭaka, kathā ou upakhyanā ) sont donnés dans une enceinte du palais, le Nāsal cok, à l'occasion de cérémonies royales. Il n'était pas rare que les souverains en personne tiennent un rôle. Ces manifestations sont fondées sur la littérature puranique et épique de l'Inde et s'inspirent des traités de Nāṭyaśāstra. Elles accordent une large place aux thèmes religieux hindous et mettent en scène des intrigues royales, parfois entrecoupées de saynètes comiques. Les dialogues jouent un rôle mineur : l'action, soutenue par des chants, est accompagnée de musique (rāga et tāla) et ponctuée de danses. La représentation est précédée par une offrande aux dieux (dya lhāye) et une invocation à Nāsa dya (Nriteshvara), le dieu de la Musique et de la Danse. Elle se conclut également par des rituels. Il n'y a pas de rideaux et de décors à proprement parler. La pièce est jouée sur une plate-forme de pierre (dabu) de forme carrée. L'orchestre se compose de tambours, de cymbales et d'une flûte. Après la chute des rois newars en 1768-1769, ce répertoire dramatique perdit ses mécènes et subit une éclipse. Il n'est plus guère monté aujourd'hui.

En revanche, un théâtre aux origines très anciennes subsiste de nos jours dans diverses localités newars, urbaines ou rurales. Il s'agit principalement de pièces religieuses, dya pyākhã, mettant en scène des dieux et des démons. Les acteurs qui tiennent ces rôles portent des masques et sont censés être possédés par ces puissances surnaturelles. Ils doivent recevoir une initiation tantrique avant de jouer et sont soumis à de nombreux interdits. La pièce peut comporter des dialogues (souvent incompréhensibles au public car récités en « langue des dieux ») et des chants, mais elle peut être aussi purement chorégraphique. Parmi ces mystères : le Jala pyākhã d'Harisiddhi, l'une des expressions théâtrales les plus anciennes du Népal, le Gaṇa et le Kartik pyākhã de Patan, les Nava Durgā pyākhā de Theco et de Bhaktapur. Certains ont été composés par des rois Malla et présentent de nombreux points communs avec les pièces de cour. Malgré l'influence indienne prépondérante, ce théâtre, très populaire, témoigne d'un patrimoine culturel original.

La culture newar contemporaine de la vallée de Katmandou comporte également deux autres formes scéniques plus laïques : les jyāpu pyākhã joués par les castes de paysans en saison des pluies dans les villages, et les khyāla, mascarades satiriques prenant pour cible le pouvoir politique lors de certaines fêtes (Gāi, jātrā, Indra jātrā). Ces pièces, comme les précédentes, sont jouées en plein air.

Le théâtre de langue népali, la langue nationale du Népal depuis la fin du XVIIIe, au moins officieusement, est beaucoup plus récent. La première pièce, Hasyakadamba, traduite du sanskrit, ne date que de 1798. Elle fut écrite par un brahmane attaché au palais des rois Shah, Saktivallabh Arjyal. Par la suite, l'oligarchie Rana (1846-1951) perpétua un théâtre de cour influencé par l'Inde du Nord. Il faut toutefois attendre Balkrishna Sama (1902-1981), dont le grand-père était déjà un passionné de l'art dramatique, pour voir le théâtre sortir de ce cadre étroit et accéder à un public élargi. Surnommé le Shakespeare népalais, Sama composa une vingtaine de pièces. Une partie de son répertoire se caractérise par des thèmes réalistes et l'emploi d'un vocabulaire populaire. Parmi les autres auteurs, il faut mentionner Bhim Nidhi Tiwari (1911-1973) et Gopal Prasad Rimal (1918-1973). Ce dernier, farouche opposant à l'autocratie Rana, est aussi connu comme le père de la poésie népalaise moderne. Ce théâtre classique d'expression népali, toujours joué en salle, est concurrencé de plus en plus fortement par les films indiens et la télévision. Une jeune troupe, fondée en 1982, Arohan (en népali : « ascension »), cherche aujourd'hui à rénover la tradition théâtrale népalaise, encore peu ancrée dans le pays. Elle donne parfois des représentations de rue. Son directeur, Sunil Pokharel, puise son inspiration dans les thèmes sociaux (samajik) et le combat politique.

Certains groupes ethniques des collines et de la plaine méridionale du Teraï possèdent par ailleurs des formes de théâtre populaire, chantées et dansées, généralement d'inspiration indienne. Le Ghantu des Gurung par exemple, qui dure trois jours et trois nuits, est basée sur la vie du roi Pasuram et de la reine Yamavati. L'action, interprétée par des jeunes danseuses, est racontée dans un népali archaïque par des chanteurs accompagnés de musiciens. La scénographie fait appel principalement à la pantomime. Les Dangaura Tharu de Dang (Terai), quant à eux, possèdent un Barka nac, c'est-à-dire une « danse », qui narre plusieurs épisodes d'une version locale de l'épopée indienne du Mahabharata, dont la célèbre scène du jeu de dés au cours de laquelle les frères Pandava perdent tous leurs biens. Ces représentations, où se mêlent des influences multiples, sont étroitement liées au calendrier religieux et agricole des populations concernées. Les histoires racontées appartenaient jusqu'il y a peu à la tradition orale.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Espace asiatique

Zone(s) géographique(s) :
  • Népal
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026