Maquillages
[en Chine]

Tout le théâtre traditionnel chinois, désigné sous le nom d'opéra [voir Chine] recourt au maquillage.

Les quatre grands types de maquillages

Quelles que soient ensuite les subdivisions, qui varient, l'opéra chinois comporte toujours quatre grands types de personnages : hommes, femmes, « visages peints » et clowns. Le maquillage des deux premiers types correspond à un embellissement du visage suivant le même principe qu'on esthétise tous les gestes ; sur un fond de poudre blanche, la blancheur de la peau étant signe de beauté, on utilise du fard et on maquille les yeux, puisque leur expression est un des éléments forts dans le jeu de l'acteur. Les clowns se distinguent par une tache blanche au milieu du visage, couvrant le plus souvent les yeux et l'arête nasale. Ce qui est particulier à l'opéra chinois c'est la catégorie des visages peints. Ceux-ci se divisent en deux : les ministres félons qui ont un visage entièrement blanc mat avec des yeux réduits à une fente étroite pour indiquer leur caractère dissimulé ; les autres, des personnages violents, ont un maquillage aux couleurs vives et brillantes qui diffère suivant les personnages.

Parmi ces derniers, on distingue ceux qui ont une couleur unie sur tout le visage, ce qui est réservé aux personnages droits, vertueux et rigoureux ; ceux pour qui on accentue énormément les sourcils blancs et dont autrement la couleur est le brun clair ou le rose pour les personnages âgés ; ceux qui sont divisés en trois parties d'une même couleur, le front et les deux joues, séparées par les orbites oculaires et l'arête du nez dans une autre couleur, le plus souvent noire ; ceux qui ont un dessin compliqué avec l'emploi de deux ou plusieurs couleurs, mais dont les traits sont symétriques par rapport à l'axe vertical du visage, maquillages pour les personnages emportés ; ceux qui ont des traits très compliqués et dissymétriques, toujours pour des personnages méchants ou des barbares ; enfin ceux qui ont un aspect plus pictographique comme ceux des animaux ou ceux des divinités, pour lesquelles on s'inspire des statues dans les temples.

Maquillage et personnage

À l'origine, la relation entre le maquillage et le personnage tient à un fait précis. Par exemple celui de Guan Yu, le héros des Trois Royaumes, est d'une seule couleur car il fut un modèle de fidélité et de rectitude, et il est rouge brique à cause d'un miracle de la déesse Guanyin qui a donné un jour cette couleur à son visage pour qu'il ne soit pas reconnu par des adversaires lancés à sa poursuite. Ensuite on a repris la couleur rouge pour les personnages qui pouvaient lui être associés par le caractère, si bien que le rouge est devenu signe de rectitude. C'est par ce processus que les couleurs ont fini par être associées à des traits de caractère. Mais ce n'est pas toujours le cas : une série de personnages portant le même nom de famille peut avoir des variantes du même maquillage, même s'ils ont vécu à des époques différentes et n'étaient pas du tout apparentés.

La multiplication de ces maquillages particuliers est due à l'opéra de Pékin, qui, se spécialisant dans les pièces guerrières où intervenaient beaucoup de généraux, devait permettre au public de les distinguer aisément même s'ils ne faisaient qu'une brève apparition. Ensuite les autres opéras locaux, qui ne comportaient que peu de maquillages particuliers, en ont développé à leur tour à cause de l'aspect esthétique qu'ils apportaient au spectacle, chaque genre créant sa propre variante pour un même personnage.

Ces maquillages si colorés font penser aux masques ; des troupes itinérantes préféraient sans doute ne pas utiliser de masques, objets fragiles, et les masques, fort peu nombreux, sont réservés à certaines divinités pour les ballets propitiatoires. Mais un théâtre local, le dixi du Guizhou, n'utilise que des masques, de même qu'un théâtre du Anhui pour jouer la pièce sur Mulian. Dans ceux du dixi, le visage et la coiffure sont taillés dans la même pièce de bois et les motifs décoratifs évoquent l'étoile dont le personnage est l'incarnation ; ces masques faisaient l'objet d'un rituel car, comme les statues, ils étaient consacrés ; ils étaient supposés être possédés par l'esprit du personnage et ce théâtre avait un but avant tout d'exorcisme.

Rédacteur(s)
Édition Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Technique et créateurs techniques

Zone(s) géographique(s) :
  • Chine
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026