Kutiyattam
drame concertant

Théâtre-pantomime du Kérala (début de l'ère chrétienne ?), en langue sanskrite [voir Inde (théâtre sanskrit)], œuvres de Bhāsa, Harsa, Saktibhadra, en partie inspirées de la mythologie (Rāmāyana et Mahābhārata) et des Purāṇas.

Prolongement du Kūttu (solo d'acteur), le Kūṭiyāṭṭam associe au hiératisme le côté « terrible » et parfois « sanglant » du drame rituel dravidien. Encore de nos jours, il est représenté exclusivement à l'intérieur du temple ou dans le théâtre attenant (Kūttambalam), par des troupes traditionnelles formées de trois communautés : les Cākkyārs (maîtres-acteurs), les Nambiyārs (musiciens, maquilleurs), les Naṇgyārs (actrices, chanteuses), et s'adresse en particulier à une élite culturelle. D'un haut degré de raffinement et de stylisation, le jeu de l'acteur réunit : expression vocale (inspirée de la psalmodie védique), mimique et gestuelle (près de 1 000 hastāmudrās). Le Kūṭiyāṭṭam fut à son apogée sous le règne de Kulaśekhara Varma (Xe siècle ?), auteur d'œuvres importantes du répertoire. C'est à lui et à l'acteur Tōlan que l'on doit l'ensemble des codes toujours en usage ; on attribue à ce dernier l'introduction du Vidūṣaka, sorte de bouffon moraliste, chroniqueur, proche du peuple par le réalisme et le langage (le prākrit et le malayāḷam), dont le rôle social et politique a contribué à maintenir ce théâtre dans l'actualité à travers les siècles.

Autrefois, la présentation d'une œuvre avec ses nombreux rituels d'introduction s'étendait sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois ! Le plus souvent, on ne choisissait qu'un Anka (acte) qui, à lui seul pouvait nécessiter cinq ou six nuits successives. Véritable fresque, le spectateur en pénètre minutieusement chaque détail grâce à un processus dramatique longuement élaboré où se succèdent le jeu statique et le jeu dynamique. Après l'énoncé du texte poétique (chaque mot souligné du geste significatif approprié), l'acteur en donne la traduction par les seules expressions du regard et du visage : quintessence de l'art du Cākkyār. Puis, il en développe l'interprétation par la pantomime et le jeu corporel en un solo pouvant atteindre plusieurs heures, tandis que le martellement continu et lancinant d'un quatuor de percussions (deux Mizhavus, un Eḍakkā, une paire de cymbales) tend à conduire le spectateur au seuil de l'envoûtement. « Car, écrivait Maurice Fleuret, il n'y a rien ici que d'essentiel et la beauté, la magie ne sont pas séparables de la fonction. » Le Kūṭiyāṭṭam a influencé les genres dramatiques qui suivirent, en particulier le Kathakaḷi, qui lui emprunta le principal de son vocabulaire, le style de maquillage et l'ornementation. Les dimensions gigantesques du Kūtiyāṭṭam, ses exigences restrictives et la disparition des plus âgés des derniers Cākkyārs rendent sa survie précaire. Jusque dans les années 1990, il ne restait que peu de familles d'acteurs et trois centres demeurés actifs qui ont continué à dispenser une formation. Ce sont : le Natanakairali (Irinjalakuda), l'école Margi (Trivandrum) et le Kalamandalam (Cheruthuruthy), première institution publique qui officialisa, en 1965, l'enseignement du Kūṭiyāṭṭam sous la direction de P. Rama Cākkyār (décédé en 1980). En octobre 2001, le Kūtiyāṭṭam fut reconnu au titre des Héritages intangibles de l'humanité et bénéficie depuis du soutien de l'UNESCO.

Bibliographie sélective

  • Théâtre de l'Inde ancienne , édition établie sous la direction de Lyne Bansat-Boudon ; avec la collaboration de Nalini Balbir, Sylvain Brocquet, Yves Codet... [et al.], [Paris] : Gallimard, impr. 2006
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    http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40140891t
Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Espace asiatique

Zone(s) géographique(s) :
  • Inde
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026