Drame liturgique
Théâtralisation, insérée dans un office religieux, d'un épisode de l'histoire sainte, d'une vie de saint ou d'une parabole.
Le premier texte qui, de manière sûre, donne lieu dans une église à une action dramatique date du Xe siècle (Visite au sépulcre, Visitatio sepulchri, entre 965 et 975) : le jour de Pâques, aux matines, trois moines jouent les trois Marie accueillies par l'ange (un autre moine) au tombeau vide du Christ. Le drame liturgique ne fera jamais partie de la messe proprement dite, mais d'offices secondaires, comme les matines et les vêpres. D'abord très bref (quelques vers chantés), il s'amplifie peu à peu (Arrivée des apôtres au tombeau, Apparition à Marie-Madeleine, Marchand de parfums). Les sujets, eux, se diversifient : Nativité, jeux en l'honneur de prophètes ou de saints (Daniel, saint Paul, saint Nicolas ou sainte Catherine) et même Passion (Passio du Mont-Cassin, vers 1160). Young a fait un travail capital de recension des textes, mais d'innombrables textes ayant été perdus la chronologie précise du genre reste difficile à établir. Certaines communautés, très conservatrices, se satisfont longtemps de drames très « primitifs », alors qu'ailleurs les « innovations » sont de règle. Les pièces restent cependant entièrement chantées en latin (le cas de L'Époux, Sponsus, mi-latin, mi-français, fin du XIe siècle, reste exceptionnel).
Du Xe au XIIe siècle, une théâtralité s'invente : conquête de l'émotion dramatique (le spectateur est peu à peu invité à s'identifier), de la convention théâtrale (décor simultané et montage en plusieurs séquences) et de l'invention artistique. Mais avec un souci permanent : autant, plus peut-être qu'aux spectateurs humains dont il s'agit de « corroborer la foi », le drame liturgique est destiné à Dieu, spectateur invisible et essentiel. Ce qui explique que la tonalité essentielle de ce drame soit la joie : il est avant tout un acte de foi et un hymne de louange au Rédempteur. C'est aussi ce qui donnera au drame liturgique sa pérennité : si, dès le XIIIe siècle, il n'est plus novateur, il continuera très fréquemment d'être représenté dans les églises jusqu'au XVIe ou au XVIIe siècle, identique à lui-même et comme enchâssé dans la tradition liturgique.
Bibliographie sélective
- A Memoir of Karl Young . [By J. S. P. Tatlock. "The Drama of the Medieval church", by Frances B. Young. Karl Young as teacher, by Frank Sullivan. Karl Young's work on the learning of chaucer, by Robert A. Pratt. Introduction by Wilmarth S. Lewis , New Haven, the Yale University press, 1946. In-16 (210 x 140), 64 p. [Don 339177] -Xb-
Classement
Spécialité : Antiquité - 16ème siècle
- France
- Moyen âge
- Renaissance
- 17ème siècle