Dominicaine
(Le théâtre en République)
La plus ancienne colonie espagnole a mis – après son indépendance et ses conflits avec Haïti, avec qui elle partage l'île depuis 1843 – plus de temps que les autres à former un théâtre national.
À la fin du XVIè siècle le clerc Cristóbal de Llerena fait scandale avec quelques intermèdes satiriques qui lui valent l'exil. Les gens de théâtre du XXe siècle voient en lui le précurseur d'un théâtre profondément critique, en accord avec l'instabilité démocratique de la jeune république. Un autre précurseur est Pedro Henríquez Ureña, intellectuel illustre et auteur de El nacimiento de Dionisios (La Naissance de Dionysos, 1916), première d'une longue liste à s'inspirer des mythes grecs. Il faut attendre 1946 avec la création de la Escuela de Arte Escénico de Bellas Artes et la fondation du théâtre de la Universidad Autónoma de Santo Domingo (UASD) pour que soient réunies des conditions favorables au développement de l'art scénique et à la naissance d'une véritable dramaturgie nationale.
Les principaux représentants en sont : Manuel Rueda (né en 1921) qui a obtenu le prestigieux Prix Tirso de Molina 1995 (Espagne) avec sa pièce Retablo de la pasión y muerte de Juana la Loca ; Máximo Avilés Blonda (né en 1931), auteur-metteur en scène, auteur de Yo Bertolt Brecht (1966) et Pirámide 179 (1967) ; et surtout, Franklin Domínguez (né en 1931). Il est un des fondateurs du Cuadro experimental de comedia et ensuite de la Comedia del Arte (1959). Il a écrit environ soixante-dix pièces. Parmi les plus importantes : Extraño juicio (Étrange jugement, 1955), Espigas maduras (Épis mûrs, 1958), El último instante (Le Dernier instant, 1958, monologue), La espera (L'Attente, 1964), Se busca un hombre honesto (On cherche un homme honnête, 1963), Un amigo desconocido nos aguarda (Un ami inconnu nous attend, 1965), La broma del senador (La Blague du sénateur, 1968), Los actores (Les Comédiens, 1968), une gamme très vaste qui va de la farce au drame. Il a écrit aussi une série de pièces, dans lesquelles le contexte historique dominicain est fortement marqué : Duarte, fundador de una república (Duarte, fondateur d'une république), Cuando los héroes quedaron solos (Quand les héros restèrent seuls, 1961), Campaña electoral (Campagne électorale) , parmi d'autres. Il a gagné huit fois le prix Cristóbal de Llerena – le plus important décerné à une pièce dans son pays – ainsi que le Prix national de littérature en 2003. Parmi ses dernières pièces, ont été remarquées Los Borrachos (Les Ivrognes), Extrañas presencias (Présences étranges) et Tambores y castañuelas (Tambours et castagnettes) .
Plus jeune que Domínguez, et plus proche du théâtre de l'absurde, Iván García (né en 1938) se révèle comme dramaturge dans les années 1960, en particulier avec Más allá de la búsqueda (Au delà de la quête, 1963), Fábula de los cinco caminantes (Fable des cinq marcheurs, 1968), jeu métaphorique sur le thème du pouvoir qui a eu un grand succès ; Don Quijote de todo el mundo (Don Quichotte de tout le monde, 1969). Plus tard il a confirmé son talent avec Interioridades (Intériorités, 1982) et Andrómaca (Andromaque, 1983), inspiré du mythe grec.
Dans la génération suivante il faut citer deux auteurs importants, qui proposent un théâtre encore plus engagé dans la réalité dominicaine : Haffe Serrulle (né en 1947) et Reynaldo Disla (né en 1956). Concernant le premier, trois exemples : sa pièce historique Duarte (1976), La danza de Mingó (La Danse de Mingó, 1977) sur la lutte des paysans pour la terre, et Bianto y su señor (Bianto et son maître, créé durant son séjour à Madrid entre 1965 et 1970 et publiée en 1984), sur le rapport oppresseur/opprimé. Quant au deuxième, il s'agit d'un artiste polyvalent : comédien, metteur en scène, marionnettiste, narrateur et dramaturge. Disla gagne le prix Casa de las Américas 1985 (Cuba) avec Bolo Francisco, suivie de Ramón Arepa (1986), deux pièces qui se nourrissent de la réalité populaire dominicaine.
Dans cette période sont nés aussi quelques nouveaux groupes indépendants qui, à côté des troupes universitaires, ont accompagné l'évolution dramaturgique : Nuevo teatro de Santo Domingo (fondé en 1969 parRafael Villalona), Gayumba (fondé en 1976 par Miguel Chapuseaux et Nieves Santana), Teatro popular del Centro de cultura (fondé aussi en 1980 à Santiago par Rafael Villalona), Teatro Simarrón (fondé par Jorge Pineda et Henry Mercedes), Teatro Guloya (fondé par Claudio Rivera) et Teatro Cocuyo. Dans la toute dernière promotion dramaturgique figurent : Jaime Lucero, Carlos Acevedo, Giovanny Cruz et des femmes comme Elizabeth Ovalle, Carlota Carretero et surtout Chiqui Vicioso (poètesse, essayiste et auteure dramatique), la plus remarquée pour ses quatre premières créations : Wish-ky Sour (1996), Salomé U : cartas a una ausencia (Salomé U : lettres à une absence, 1998), Perrerías (2001) et Nuyor/Islas (2003), traitant de problèmes caribéens et de thèmes féministes.
Les journées du « Théâtre dans la rue » (1976-1979) et à partir de 1984, les festivals de « Théâtre dans les rues » ont facilité une ouverture vers un public populaire. Il faut signaler également la création en 1997 du Festival Internacional de Teatro de Santo Domingo (bisannuel), fortement appuyé par les organismes officiels. Le théâtre dominicain, autrefois très marginalisé, est bien mieux connu aujourd'hui hors de ses frontières.
Bibliographie sélective
- Historia crítica del teatro dominicano , José Molinaza, Santo Domingo, República Dominicana : Universidad autónoma de Santo Domingo, 1984-
Classement
Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine
- République dominicaine