Cambodge
(Le théâtre au)
D'inspiration indienne, le théâtre classique, au Cambodge, se compose essentiellement de spectacles de danses, certaines masquées, et de théâtre d'ombres. Accompagné d'un orchestre et d'un chœur, il représente surtout la version khmère du Rāmāyana.
Les poses et les gestes des danses classiques khmères apparaissent sur les bas-reliefs du Bayon à Angkor dès le IXe siècle. Quand les Siamois prennent Angkor au XVIe siècle, ils emmènent avec eux toute la cour et le ballet. Ce n'est qu'au XIXe siècle, sous le règne du roi Ang Duong, que la danse, modifiée par les Thaïs, reprend son essor au Cambodge. Traditionnellement, le ballet classique, véritable représentation théâtrale, est un art de cour réservé au roi. Tous les rôles sont tenus par des femmes, sauf celui des bouffons et parfois des singes. Les fillettes, qui sont offertes au roi par leurs parents, vivent totalement à l'intérieur du palais. L'apprentissage commence vers l'âge de sept ans par des exercices d'assouplissement pour obtenir l'indépendance des articulations et l'allongement des mains. Très vite, l'élève est désigné pour un certain type de personnage, celui de roi, de prince ou de divinité, celui de démon ou celui de singe. D'autres représenteront les animaux mythiques ou le prince Ngos. L'apprentissage se termine par la « cérémonie de salutations aux maîtres pour l'essai des masques ». Durant ce rituel indispensable, on leur remet solennellement le costume, la tiare ou le masque de leur rôle. Celles qui n'étaient que des élèves deviennent alors des danseuses à part entière.
Chaque type de rôle a un costume et des bijoux qui lui sont propres. Les rôles masculins portent des masques caractérisant le personnage. Les rôles féminins ont différentes tiares. Avant chaque représentation, les danseuses sont cousues dans leurs vêtements. Le visage est abondamment poudré de poudre de riz blanche pour les femmes et teinté de safran pour les hommes. Les lèvres sont rougies et les sourcils noircis.
La danse est accompagnée de l'orchestre piphat, composé de tambours, de xylophones et de gongs, dont l'instrument conducteur est le hautbois. Alternant le chant et la déclamation, un chœur de femmes raconte les scènes représentées et scande la mesure avec des cliquettes de bois.
Le répertoire du théâtre classique est essentiellement constitué des nombreux épisodes du Ream Ker, le Rāmāyana khmer, découpé pour la scène. Il comprend aussi des contes populaires, comme l'histoire du prince Ngos et la légende d'Enao, le héros malais, ou des récits tirés des jâtaka, les existences antérieures du Bouddha.
Il existe aussi des troupes villageoises, certaines ambulantes, d'autres attachées à un village. En dehors des représentations, leurs membres mènent la vie ordinaire des villageois. Leurs costumes et leur répertoire sont moins élaborés qu'au palais. Les spectacles ont lieu au moment des fêtes publiques ou privées.
Le théâtre d'ombres, nang sbek, s'inscrit dans la grande tradition classique du théâtre cambodgien. De grands panneaux de cuir sont portés par des danseurs entre une source lumineuse et un écran long de six à dix mètres. Ces panneaux, en peau de bœuf tannée et découpée, représentent des personnages ou des scènes dans des motifs décoratifs. Ils sont tenus à bout de bras par le danseur qui harmonise ses mouvements avec ceux de la figure, accompagné de l'orchestre piphat des danses classiques et de deux récitants. Le spectacle mettait en scène des épisodes du Rāmāyana durant plusieurs nuits. Il n'est plus, aujourd'hui, qu'un spectacle court, donné dans un théâtre.
Le théâtre d'ombres, nang sbek touch ou ayang, aux petites figures de cuir articulées, est un spectacle villageois à vocation comique. On y raconte des légendes populaires, des épisodes du Rāmāyana, et surtout le quotidien villageois dans de fréquentes improvisations. Ayang, comique au ventre rebondi qui dénoue toutes les situations, en est le héros principal.
Bibliographie sélective
- Danses cambodgiennes, d'après la version originale de Samdach Chaufea Thiounn,... , Revue et augmentée par Jeanne Cuisinier,... ; Préface de M. P. Pasquier,...Illustrations de Sappho Marchal, Hanoï : Impr. d'Extrême-Orient, 1930