Bolivie
(Le théâtre en)
Le retard du théâtre bolivien « savant » est dû à l'instabilité politique, à l'isolement géographique et au manque d'une orientation culturelle favorable à l'art scénique. En contrepartie, la Bolivie conserve de riches traditions orales et populaires comme la Mort de Atahualpa (spectacle représenté également au Pérou et en Équateur), La Diablada de Oruro et autres similaires spectacles de plein air.
Durant le XXe siècle, les premiers essais d'un théâtre national spécifique sont le fait de la « génération de 1921 », composée par Antonio Díaz Villamil (1895-1948), Angel Salas, Zacarías Monje Ortiz et Alberto Saavedra Pérez, chez qui prédomine la thématique costumbriste et historique, étroitement liée au contexte bolivien. Par exemple, La huerta (1924) de Salas traite de l'Indien contemporain, quelques années après la parution du célèbre roman d'Alcides Arguedas, Race de bronze (1919). Le Teatro Municipal de La Paz est l'espace officiel de l'activité théâtrale, mais il existe aussi des groupes amateurs ouvriers et intellectuels très actifs : Sociedad obrera de la Cruz, San Vicente de Paul, Primero de mayo et Ateneo de la juventud, tous dans la principale ville du pays. Ce dernier groupe organise le premier festival bolivien en 1922, où la « génération de 1921 » est très présente.
La crise économique des années 1930 et la guerre du Chaco (1932-1935) contre le Paraguay freinent ce premier essor, épargnant cependant l'activité du Grupo teatro social (1943), dirigé par Raúl Salmon (né en 1925), auteur d'un théâtre de dénonciation des inégalités sociales – dans la première période (1943-1952) – avec une approche davantage historico-sociale, dans la seconde (1964-1969). L'interrègne s'explique par la « révolution nationaliste » de 1952. Un autre groupe important est représenté par Nuevos Horizontes, fondé à Tupiza en 1946 par Liber Forti (né à Tucumán en 1919). La Bolivie possède également deux auteurs importants qui ont vécu très longtemps hors de leur pays : le diplomate Guillermo Francovich (1901-1987) et Adolfo Costa du Rels (1895-1981). Le premier (qui a résidé à Cuba, au Brésil et au Paraguay) est surtout connu pour Un puñal en la noche (Un poignard dans la nuit, 1953), Como los gansos (Comme les oies, 1955) et El Monje de Potosí (le Moine de Potosí, 1956). Les deux premières pièces ont pour protagonistes, respectivement, le Mariscal Sucre et Simón Rodríguez, deux grandes figures de la période de l'indépendance face à l'Espagne. Costa du Rels a séjourné en France où sa pièce les Étendards du roi (los Estandartes del rey) a été créée à Paris en 1956 ; il a écrit aussi El Signo de fuego (le Signe du feu, 1957) et El Quinto Jinete (le Cinquième Chevalier, 1963) qui mettent l'accent sur les problèmes existentiels.
La véritable rénovation scénique naît dans les années 1960 dans les universités de Santa Cruz, La Paz et Cochabamba, où sont créés des groupes expérimentaux. Le Teatro universitario de Santa Cruz (1959) est l'un des groupes pionniers. En 1961 et 1965 sont organisés, sans beaucoup de succès, les deux premiers festivals. Cependant las « Jornadas julianas de la Juventud » à La Paz en 1967 convoquent quelques auteurs représentatifs de l'évolution du théâtre bolivien : Monje Ortiz, Díaz Villamil, Francovich, Suárez Figueroa, Gastón Suárez et Rozsa ; ce véritable festival a eu un si grand retentissement qu'il est considéré comme le début d'une nouvelle période, où convergent les nouvelles tendances théâtrales nées après la guerre du Chaco. L'auteur Sergio Suárez Figueroa (1924-1968) connaît la consécration dans ce festival avec El Hombre del sombrero de paja (l'Homme au chapeau de paille) où il utilise des techniques impressionnistes, et La peste negra (la Peste noire), drame symbolique qui évoque l'auto sacramental du Moyen Âge et laisse entrevoir une critique politique.
Parmi les auteurs qui se font connaître à partir de cette décennie, on distingue : Renato Crespo (né en 1922), Jorge Rosza, Luis Bredow y Guido Calabí (né en 1944). Ce dernier est aussi un metteur en scène et un animateur théâtral reconnu. Quelques nouvelles troupes sont à signaler : Teatro profesional nacional (1967), sous l'égide de l'Institut Bolivien d'Art, dirigé par Julio Travesí ; Taller de Teatro (1979), dirigé par Andrés Canedo (La Paz) ; el Taller de Cochabamba (1976) ; el Grupo de Teatro Runa (1976) en langue aymara, dirigé par Edgar Darío González (né à Salta en 1937) et beaucoup d'autres. Il faut ajouter aussi la fondation de l'Asociación Boliviana de Autores en 1976 et celle de la Sociedad de Amigos del Teatro en 1977. Dans la décennie suivante naissent quelques groupes indépendants tels que Tiempo, Arlequín, Teatro de Arte et Amalílef Teatro – tous à La Paz – ce dernier fondé en 1984 par Maritza Wilde (metteur en scène et comédienne) ; Hystrios et Umbral (fondé par L. Bredow) à Cochabamba ; et le Teatro de la Casa de la Cultura à Santa Cruz. La fondation du Teatro de los Andes par César Brie à la fin de 1991 à Yotala, petit village près de Sucre, mérite une mention spéciale. Né à Buenos Aires en 1954, sa formation théâtrale s'est effectuée dans son pays, puis en Italie (après son exil en 1974), puis au Danemark à partir de 1980 où il se nourrit de l'enseignement de Barba et de l'Odin Teatret. La « communauté théâtrale » créée par Brie va se révéler très novatrice au niveau national et en peu de temps elle aura une reconnaissance internationale. Elle représentera la Bolivie au Festival Iberoamericano de Teatro de Cádiz durant quatre saisons avec les spectacles suivants : Ubú en Bolivia (1996), La Ilíada (2000), En un sol amarillo (2004) et Frágil (2005). Les festivals nationaux commencent aussi à se développer dans plusieurs villes : à Sucre en 1966, à La Paz en 1968, à Santa Cruz en 1979, ville qui organise également un festival international depuis 1998, devenu une référence en Amérique du Sud.
Bibliographie sélective
- Teatro hispanoamericano contemporáneo , 1967-1987, Rosalina Perales, México : Gaceta, 1989-1993
- Teatro boliviano contemporáneo , W. Óscar Muñoz Cadima, La Paz : Ed. Casa municipal de la cultura Franz Tamayo, 1981
Classement
Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine
- Bolivie
- 20ème siècle
- 21ème siècle