VIAN Boris
Romancier, poète, chansonnier, essayiste, musicien de jazz et auteur dramatique français.
Sans doute l'un des esprits les plus doués et les plus séduisants de sa génération.
Vian a laissé peu de pièces ; elles ne sont pas le miroir le plus fidèle de son talent multiforme, mais elles rendent assez compte de quelques-unes de ses tendances : l'anarchisme, le sens de la dérision poussée, sous forme de guignol, jusqu'à la dérision d'elle-même dans Le Goûter des généraux (écrit en 1955, joué en allemand en 1964 et en français, à la Gaîté-Montparnasse, en 1965), et L'Équarrissage pour tous (1950). Vian ne se prend pas au sérieux et préfère le burlesque à toute forme de morale ou d'immorale (comme dans J'irai cracher sur vos tombes, 1948), ce qui ne l'empêche pas d'avoir des idées sur la guerre, les militaires et les notables en général. Membre du Collège de pataphysique, Vian croit en la « science des solutions imaginaires » dans la mesure où elles restent imaginaires. C'est pourquoi chez lui le mot a une telle importance (l'acte III des Bâtisseurs d'empire [1959] n'est qu'un long monologue) tout autant qu'il est détourné de son usage banal de véhicule du sens par toute une série de décalages, dans le vocabulaire et les images, qui le font « jouer ». Si Les Bâtisseurs est l'une des pièces les plus connues du théâtre des années cinquante, elle le doit à la netteté ironique du dessin qui, d'un trait, anime les silhouettes de Zénobie, de Cruche, du père et de la mère ; à l'invention langagière ; au dynamisme scénographique de l'écriture. De façon tout à fait originale la pièce, qui raconte l'étranglement progressif d'une famille et d'un individu, part des dessous du théâtre pour occuper, d'acte en acte, des lieux de plus en plus exigus, jusqu'à finir sur un balcon d'où le père se jette pour se suicider. Autre invention scénique majeure : celle du schmürz, créature muette, homme peut-être, mais méconnaissable sous ses bandelettes ; il est l'incarnation – non le symbole – de tous les ratages, de toutes les mauvaises consciences, de toutes les angoisses. En inscrivant dans la réalité de la scène un « être de raison », Vian réalise un des rêves d'Artaud proclamant : « Je dis que ce langage concret, destiné aux sens et indépendant de la parole, doit satisfaire d'abord les sens, qu'il y a une poésie pour les sens comme il y en a une pour le langage… »
Bibliographie sélective
- Les Vies parallèles de Boris Vian , Noël Arnaud, Paris : C. Bourgois, 1981
Classement
Spécialité : 19ème et début 20ème siècle
- France
- 20ème siècle