SVEVO Italo
Pseudonyme d'Aron Hector Schmitz

Trieste, 1861 - Motta di Livenza, Trévise, 1928

Écrivain italien.

Romancier reconnu fort tardivement, Svevo est aussi l'auteur d'une œuvre dramatique originale dont on commence à percevoir la richesse spécifique.

Les premiers essais de composition littéraire de Svevo sont pour le théâtre, qu'il considère comme la « forme des formes ». Il ne nous en reste qu'une ébauche de soixante-dix vers intitulée Ariosto governatore (L'Arioste gouverneur). Écrite autour de 1880, elle contient déjà un thème caractéristique : la perception de la vieillesse de l'individu comme signe de l'essence humaine. La même année il publie son premier article de chronique dramatique (Shylock), inspiré par Le Marchand de Venise. Il compose alors : Le Teorie del conte Alberto (Les Théories du comte Alberto), Le Ire di Giuliano (Les Colères de Giuliano), Il ladro in casa (Un voleur dans la maison) et Una commedia inedita (Une comédie inédite), qu'il présente comme des comédies ou scherzi drammatici. La drôlerie y est souvent féroce dans ses implications sociales et morales, et l'humour volontiers macabre, voire grand-guignolesque. Le moteur dramatique en est la mauvaise foi dont l'individu (surtout de sexe masculin) ne peut ni ne veut se débarrasser, surtout dans sa vie érotique toujours intimement liée à des questions économiques.

En 1891, le journal L'Indipendente publie de Svevo un monologue intitulé Prima del ballo (Avant le bal) : seule œuvre dramatique publiée du vivant de l'auteur. Mais sans se décourager celui-ci continue d'écrire, et de récrire, pour la scène. En tout, jusqu'à sa mort, encore huit autres pièces, classées un peu trop vite parmi les comédies, posant toutes d'épineux problèmes de datation et certaines sans titre définitif : La Vérité (La Parola, puis La Verità), Un marito (Un mari ; deux états, dont le dernier en fait un vrai drame noir, pour ne pas dire une tragédie), Le Trio brisé (Terzetto spezzato, pièce en un acte, la seule représentée du vivant de l'auteur, en avril 1927), Atto unico (Un seul acte, en dialecte triestin), L'Avventura di Maria (L'Aventure de Maria), Inferiorità (Infériorité) et les deux dernières, les plus accomplies et les plus souvent représentées de nos jours (Italie, Allemagne, France) sous des titres fixés après la mort de l'auteur : Les Deux Cousines (Con la penna d'Oro, trois états connus) et La Comédie sans titre ou La Régénération (La Rigenerazione) où revient, sous une forme tragi-comique, le thème de la vieillesse.

Le théâtre de Svevo, privé de l'irremplaçable expérience de la mise en scène et des longues représentations, marqué par des influences très diverses, doit sa profonde singularité à un imaginaire pénétré de l'idée d'un malheur fondamental, dû à l'impossible pacification de l'individu avec lui-même et avec ses semblables ainsi qu'à une indépassable mauvaise conscience, douce et amère. Seule l'ironie, tantôt dévastatrice, tantôt généreusement humaniste, peut libérer du sentiment d'indignité qui accompagne l'homme dès le berceau et le suit à travers toutes les morts lentes auxquelles peut croire un esprit lucide et agnostique.

Rédacteur(s)
Édition Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine

Zone(s) géographique(s) :
  • Italie
Période(s) :
  • 19ème siècle
  • 20ème siècle
Ajouter à Mon Dictionnaire
Imprimer Partager
Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
16/06/2026