SANCHIS SINISTERRA José
Auteur de théâtre catalan.
Enseignant dans le secondaire, puis à l'université de Barcelone à partir de 1971, Sinisterra ne renoncera jamais à cette vocation pédagogique qui lui vaut encore aujourd'hui la reconnaissance de toute une génération de jeunes auteurs. Longtemps cantonné en province, à l'écart de l'aventure des groupes indépendants des années 1970 dont il se sentait si proche, il a conjugué écriture et pratique théâtrale dans le cadre de son enseignement. Après une période d'expérimentation du langage dramatique par le biais d'adaptations de textes classiques ou contemporains, il a accédé tardivement au statut d'auteur et de théoricien. Une première trilogie méta-théâtrale a concrétisé les orientations de son Manifeste du Teatro Fronterizo (Théâtre Frontalier, 1977). Autour de l'humble figure de l'acteur ambulant ou marginalisé, dans Ñaque ou Des poux et des acteurs (1980), brillante variation beckettienne, dans Le Siège de Leningrad (1989), et surtout dans Ay, Carmela ! (1986), Sinisterra explore le territoire de la marge mouvante entre réalité et fantastique, vie et mort, Histoire collective et destinées individuelles, et aussi entre les genres très contrastés d'une riche tradition théâtrale. Ay, Carmela ! est le creuset où convergent les réminiscences d'un passé de guerre civile et les questions posées à l'amnésique Espagne de la Transition. À l'issue d'un voyage en Amérique latine, une autre trilogie donnera De la Conquête des Indes, par référence à Cervantès, une représentation pathétique et dérisoire très en marge des célébrations officielles de 1992, mémoire historique fragile, menacée, trahie, manipulée.
Le triomphe remporté par Ay, Carmela ! lui permet d'ouvrir la Sala Beckett, qu'il dirige de 1989 à 1997, où il conjugue créations des nouveaux auteurs et pédagogie du théâtre. On y donne, ainsi que sur d'autres scènes, ses nouvelles pièces où s'affirme la virtuosité d'un auteur confirmé qui joue de toute la fantaisie d'un théâtre en liberté, fruit des improvisations de la pratique pédagogique autant que de sa curiosité intellectuelle.
À partir de 1997, il s'éloigne de la Catalogne pour rejoindre Madrid. Dans ses œuvres récentes, sur un ton plus grave et intimiste, Sinisterra, renonçant aux variations méta-théâtrales, aborde la « réalité » des faits divers. Sang de Lune (2001) et Flèches de l'ange de l'oubli (2004) proposent à un spectateur subtilement égaré de franchir la frontière qui lui ouvre le territoire du coma ou de l'amnésie où sont plongés les deux protagonistes. Après les tours et détours des jeux sur le temps historique menacé par la mort et l'oubli, ces pièces de la maturité nous abandonnent au vertige du vide d'une mémoire individuelle naufragée, encore vivante mais inaccessible.
Classement
Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine
- Espagne
- 20ème siècle
- 21ème siècle