MÉTASTASE
[Nom francisé de Metastasio]
Pseudonyme de Pietro Trapassi
Le plus grand librettiste italien du dix-huitième siècle, créateur d'un modèle d'opéra dont le succès se maintint jusqu'à la fin du siècle.
Issu d'une famille modeste, il est initié au classicisme français et à la philosophie cartésienne par le juriste G.V. Gravina, et reçu en Arcadie sous le pseudonyme de Metastasio. Établi en 1719 à Naples (une des capitales, avec Venise, de l'opéra italien du temps), il reçoit les ordres mineurs, et s'éprend de la cantatrice Marianna Bulgarelli. Ses premiers livrets sont des fêtes théâtrales d'un goût encore proche du baroque, mais Didone abbandonata lui vaut, dès 1724, un triomphe, confirmé par le succès des œuvres postérieures : Siroe (1726), Catone in Utica, au dénouement tragique (1728), Ezio (1728), Semiramide riconosciuta (1729), Alessandro nell'Indie (1729), Artaserse (1730), où la peinture de la passion s'unit à une approche héroïque de la romanité. En 1731, l'empereur Charles VI appelle Métastase à Vienne comme « poète impérial ». Confirmé dans ses fonctions par son élève Marie-Thérèse, puis par Joseph II, il écrit pour la cour d'Autriche des livrets d'oratorios, de fêtes théâtrales, de cantates, et surtout 19 livrets d'opéras : Demetrio (1731), Issipile (1732), Adriano in Siria (1732), L'Olimpiade (1733), Demofoonte (1733), La clemenza di Tito (1734), Achille in Sciro (1736), Ciro riconosciuto (1736), Temistocle (1736), Zenobia (1740), Attilio Regolo (1740), Ipermestra (1743), Antigono (1744), Il re pastore (1751), L'eroe cinese (1752), Nitteti (1756), Il trionfo di Clelia (1762), Romolo ed Ersiia (1765), Ruggiero (1771). Ces livrets, parfois écrits pour des amateurs, sont mis en musique (certains des dizaines de fois) par les plus grands compositeurs de l'époque. Par rapport aux œuvres napolitaines, les opéras viennois de Métastase sont caractérisés par une vision plus idéologique : l'image du prince ou du héros vertueux, capable de maîtriser ses passions, s'y unit à une peinture cartésienne des affects, culminant dans l'aria, située en général en fin de scène et nettement séparée du récitatif sur lequel repose l'action. Ainsi se trouve réalisé un équilibre entre les éléments didactiques, le contenu émotionnel et les exigences dramatiques, que Métastase lui-même a revendiqué dans sa Correspondance et dans son adaptation de la Poétique d'Aristote, et à l'égard duquel les réformateurs de l'opéra dans les années 1760-1770 (à commencer par Gluck et Calzabigi) ont reconnu leur dette.
Bibliographie sélective
- Les Fêtes théâtrales de Métastase à la cour de Vienne , 1731-1767, Jacques Joly, Clermont-Ferrand : Faculté des lettres et sciences humaines, 1979
Classement
Spécialité : Europe du Sud et Amérique latine
- Italie
- 18ème siècle