LEROI JONES Everett
Pseudonyme de Baraka Amiri
Écrivain noir nord-américain. Ce critique de jazz, poète, essayiste-idéologue, a révolutionné la scène américaine en 1964 avec Le Métro fantôme (Dutchman) et L'Esclave (The Slave). Iconoclaste, provocateur, son théâtre s'attaque à toutes les institutions et accuse l'Amérique d'avoir détruit « l'âme noire » et asservi les descendants d'esclaves : Jones, qui veut s'affranchir de toutes conventions et concessions que ses prédécesseurs avaient faites au goût du public blanc, fait du théâtre un tribunal où seront prononcées des sentences sans appel, et le lieu symbolique où seront mis en scène de multiples rituels. Les titres de ses spectacles invitent à suivre le cheminement qui, de pièce en pièce, mène du négrier dans Slave Ship (Le Négrier, 1967) au Métro fantôme, de la servitude à la révolution (The Slave), de la violence policière (Police, 1968) et de l'immolation de la victime noire (la Mort de Malcolm X) aux rites sanglants : Madheart (Le Cœur fou), Bloodrites (Rites sanglants, 1970) qui détruiront le monstre, la bête blanche, apparue dès les origines du monde, dans Black Mass (Messe noire, 1966) et suscitent l'avènement d'un monde nouveau : Resurrection in Life (La Résurrection dans la vie, 1969). Rituels de la violence, de l'exclusion et de la participation, baptêmes de sang, châtiments expiatoires et exemplaires se succèdent dans ce théâtre de la cruauté, de la dérision et de l'absurde, qui n'épargne ni la société blanche ni ceux qui parmi les Noirs s'en sont faits les complices.
Le théâtre révolutionnaire de Jones marque un tournant décisif dans l'histoire du théâtre noir. Il appartient aussi à cette avant-garde radicale des années 1960-1970 qui combina les leçons de Brecht et d'Artaud ; il y occupe cependant une place unique par la véhémence de sa parole et par la violence des actes qui y sont représentés [voir Noir(théâtre)].
Depuis le début des années 1980, il est plus essayiste et poète qu'auteur de théâtre, bien qu'il ait écrit General Hag's, Skeezag (1992), The Election Machine Warehouse (1997). Antisioniste, il a écrit un texte très controversé sur l'implication des Israéliens dans l'attentat du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center. Le texte, Who Blew Up America, a fait l'objet, de la part de Leroi Jones, d'une performance qu'il continue à présenter accompagné de musiciens de jazz, faisant fi de son aspect polémique.
Bibliographie sélective
- Le Théâtre noir aux États-Unis , Geneviève Fabre, Paris : Éditions du Centre national de la recherche scientifique, 1982
- The Autobiography of LeRoi Jones , Amiri Baraka, New York : Freundlich books, cop. 1984
- Chemins d'identité , LeRoi Jones-Amiri Baraka et le fait culturel africain-américain, Lionel Davidas, Kourou : Ibis rouge éd., 1997
- Amiri Baraka , the politics and art of a black intellectual, Jerry Gafio Watts, New York : New York university press, 2001
Classement
Spécialité : Amérique du Nord et Iles Britanniques
- États-Unis
- 20ème siècle
- 21ème siècle