KWAHULÉ Koffi

Abengourou, Côte-d'Ivoire, 1956

Acteur, metteur en scène et auteur dramatique d'origine ivoirienne et de nationalité française.

Kwahulé s'est formé à l'Institut national des arts d'Abidjan. À vingt-trois ans, il entre à l'école de la Rue-Blanche à Paris. Dans le même temps, il poursuit des études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle et soutient une thèse de doctorat sur le théâtre ivoirien, publiée en 1996 sous le titre Pour une critique du théâtre ivoirien contemporain. Nouvelliste, romancier ( Babyface , 2006), Kwahulé est aussi un homme de théâtre à part entière : il est l'auteur d'une vingtaine de pièces. Ses deux premiers textes, 1+1=1 et le Grand Serpent, ont été créés à Abidjan au début des années 1980 ; en 1993, il obtient en France le premier prix du concours « Texte et dramaturgies du monde » pour Cette vieille magie noire. Jouées et traduites dans le monde entier, ses pièces révèlent une dramaturgie singulière qui met en question la notion d'africanité et la rend insaisissable : dans Bintou (1997), Il nous faut l'Amérique (1997), Fama (1998), la Dame du café d'en face (1998), Jaz (1998), Big Shoot (2000), P'tite-Souillure (2000), Blue-S-cat (2005), ou encore Misterioso-119 (2005), l'écriture de Kwahulé témoigne d'influences multiples : l'oralité traditionnelle, la tragédie grecque, la peinture, les westerns-spaghetti ou les films de Bollywood sont tour à tour convoqués pour créer une dramaturgie iconoclaste à l'égard de toute forme de modèle et un théâtre ouvert sur le monde, dans lequel les personnages ne sont pas nécessairement noirs.

Le théâtre de Kwahulé cherche en effet à témoigner de la violence qui traverse les sociétés contemporaines. Les corps y sont violés, mutilés, pulvérisés, ou réduits à leurs fonctions biologiques. Mais, de même que le blues et le jazz ont été pour les Noirs américains le moyen de préserver la mémoire de leur peuple disséminé ainsi qu'un acte de résistance à l'esclavage et au mépris de leurs droits civiques les plus élémentaires, Kwahulé, qui se définit volontiers comme un jazzman et trouve dans la musique afro-américaine le reflet de ses questions poétiques et philosophiques, invente un langage qui garde la mémoire des corps meurtris par les violences contemporaines et, dans le même temps, rappelle la nécessité du désir et la permanence de la beauté. Au dialogue traditionnel, il substitue un entrelacs de voix, un alliage de sons et une primauté du rythme qui exigent du spectateur qu'il s'engage physiquement dans l'élaboration du sens des textes, jamais donné d'avance. Désorienté par une dramaturgie qui laisse place aux aléas et aux hasards, le spectateur doit alors se départir d'une approche intellectuelle pour se laisser émouvoir par une parole d'une grande puissance poétique. Si Kwahulé met en scène les formes de violence qui frappent le monde contemporain, il invite aussi à lui redonner du sens : ses propositions dramaturgiques, sans cesse renouvelées d'une pièce à l'autre, posent toujours la même question, celle de la responsabilité que l'on a à l'égard d'autrui, d'où qu'il vienne, et incitent à penser les conditions d'un avenir commun.

Théâtre « afro-européen », le théâtre de Kwahulé puise dans cet entre-deux culturel la force de son adresse. L'auteur s'inscrit ainsi dans une nouvelle période de l'histoire du théâtre africain, qui entend participer à l'élaboration du monde et de ses formes.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Éditions Bordas, 2008

Classement

Spécialité : Afrique, outre-mer et diaspora

Zone(s) géographique(s) :
  • France
  • Côte d'Ivoire
Période(s) :
  • 20ème siècle
  • 21ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
18/06/2026

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Koffi Kwahulé