GHELDERODE Michel de
Pseudonyme puis patronyme d'Adhemar Adolphe Louis Martens

Ixelles, Bruxelles, 1898 - Schaerbeek, Bruxelles, 1962

Auteur dramatique belge d'expression française, unique par son inspiration et son langage, auteur d'une quarantaine de pièces publiées et d'autant de pièces inédites.

Ghelderode fait des études médiocres interrompues à seize ans pour raison de santé. Il s'intéresse à la musique puis fréquente très tôt les milieux littéraires, collabore à divers journaux et écrit de nombreux contes et des poèmes. En 1923, il entre à l'administration communale de Schaerbeek et l'année suivante il épouse Jeanne-Françoise Gérard. Ghelderode écrit d'abord pour le Théâtre populaire flamand, troupe catholique itinérante. Mais c'est dans les années trente qu'il est le plus fécond et qu'il écrit des pièces comme le Grand Macabre, Hop Signor !, Mademoiselle Jaïre, Magie rouge, Fastes d'enfer. Il fait ses adieux officiels au théâtre dès 1939 et Paris ne le découvre qu'une dizaine d'années plus tard. Pendant quelques années, de jeunes metteurs en scène comme Reybaz ou Planchon montent ses œuvres à une telle cadence que l'on parle de « ghelderodite aiguë » jusqu'en 1954. Avant sa mort, il a le temps de préparer cinq des sept volumes de son théâtre complet prévu chez Gallimard et d'assister au début de son succès mondial. En 1962, il est même question de lui attribuer le prix Nobel.

Le caractère particulier de l'écriture de Ghelderode vient de ses racines flamandes et de l'usage qu'il fait de la langue française, de sa syntaxe et de son lexique, au point qu'on a pu dire qu'il écrivait un théâtre flamand en français. Résolument auteur nordique, Ghelderode s'est détourné du public naturel pour lequel il devait écrire et a continué à parler des Flandres à d'autres qu'aux Flamands. Son langage lyrique échappe aux normes, tout comme sa dramaturgie qui s'écarte des modèles reçus. Il réutilise les grands mythes du théâtre (Don Juan, Faust), puise dans la culture flamande médiévale et dans ses traditions religieuses. Il s'inspire du carnaval et de la fête, s'appuie sur le théâtre dans le théâtre. Son œuvre baroque et sensuelle, complexe dans ses formes, demeure visuelle même lorsqu'elle tourne à l'interrogation métaphysique et qu'elle questionne les origines de la souffrance humaine. Peut-être est-ce la raison pour laquelle elle fascine tant de jeunes metteurs en scène qui y trouvent une partie du théâtre dont rêvait Artaud. Physiques, concrètes, incantatoires, les pièces de Ghelderode mettent en scène des personnages en état de crise dans des situations paroxystiques où les jeux de l'être et du paraître les conduisent à révéler leur vie intérieure secrète. Ces rêves fantastiques et colorés, traversés par le souvenir des grands peintres flamands, dévoilent leur rugosité artisanale quand ils passent au monde concret de la scène et qu'ils s'affirment comme la quête d'un théâtre total.

Bibliographie sélective

Rédacteur(s)
Édition Bordas 2008

Classement

Spécialité : Espace germanique

Zone(s) géographique(s) :
  • Belgique
Période(s) :
  • 19ème siècle
  • 20ème siècle
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Date 1ère mise en ligne
Dernière modification
15/06/2026