CORMANN Enzo
Pseudonyme de Bernard Vergnes
Auteur dramatique français, également acteur, metteur en scène et compositeur.
Après des études de philosophie et divers métiers, il se consacre à l'écriture depuis 1980. Ses pièces sont régulièrement mises en scène.
Celles-ci ne racontent pas vraiment d'histoires, bien que des fables naissent peu à peu du cœur même du langage. Comme Bacon le disait de ses toiles, ce que veut Cormann, c'est « toucher aux nerfs », atteindre le réel par les chemins de l'inconscient. Il cherche à chaque fois à mettre en jeu l'essentiel et ne prend appui sur l'anecdote que pour mieux mettre au jour la quête profonde d'un personnage, l'image d'une incertitude ou d'une douleur. À cet effet, il joue avec la réalité et la fiction, travaille en profondeur l'écriture, parfois luxuriante, riche en métaphores et en jaillissements poétiques. Dans Sang et eau, par exemple, les quatre personnages qui se retrouvent pour l'anniversaire de la mort d'un de leurs proches parlent surtout d'eux-mêmes et de leurs fantasmes, se dédoublent pour rejouer une série de « possibles », de scènes vraies ou fausses du passé. L'exploration de l'Autre les révèle à leurs propres quêtes.
Cormann est un explorateur de formes, notamment du monologue, qu'il creuse et fouille jusqu'à le rendre hallucinatoire (Credo, le Rôdeur). Takiya ! Tokaya ! (titre emprunté à Joyce, 1992) est constitué de séquences de jeu autonomes supposées émaner de la plume d'une vieille écrivain fantasque qui puise dans ses rapports avec ses proches (son fils, son médecin, sa secrétaire) la substance de ses récits. Essai de polyphonie et de contrepoint, du roman au théâtre et de l'énonciateur à l'énoncé, cette œuvre signale, outre son habileté technique, le désir de Cormann de se placer aux marges du théâtre. Il s'y place aussi avec ses essais de poème dramatique (l'Apothéose secrète) ou de jazz-oratorio (le Dit de Jésus Marie Joseph). Fondateur de la Grande Ritournelle avec le saxophoniste Jean-Marc Padovani, Cormann élabore désormais des spectacles musicaux, comme Diverses blessures, opéra de poche pour trois musiciens, deux comédiens-chanteurs et un récitant : jazz, théâtre et opéra s'y mêlent dans une fable sombre où la musique, seule, sauve du désespoir (m. en sc. Ph. Adrien, 1995). Toujours l'orage a été monté au Théâtre Garonne fin 1997.
Le sexe et la mort hantent les textes de Cormann, chacun étant le fantasme de l'autre (Berlin, ton danseur est la mort, 1983 ; Sade concert d'enfer, m. en sc. Adrien, 1989 ; la Plaie et le Couteau, 1993). Mais dans Âmes sœurs, dialogue au rasoir entre deux laissés-pour-compte de luxe, on ne se contente plus de « vivre sa vie comme un apprentissage de la mort », car l'héroïne parie, pour finir, sur la vie, qu'elle décide de donner à un enfant.
Cormann ne cesse d'étendre ses préoccupations. Il continue à mettre en scène certains de ses textes (la Révolte des anges, 2004, et l'Autre, 2006), a écrit un essai, À quoi sert le théâtre ? et également deux romans, (le Testament de Vénus, 2006 ; Surfaces sensibles, 2007). D'autre part, il enseigne l'écriture dramatique à l'ENSATT où il a créé le département.
Cormann est, des dramaturges français contemporains, l'un des plus soucieux de l'écriture et l'un aussi des plus anxieux de poser les questions essentielles – essentielles à proportion même de leur absence de réponse.
Bibliographie sélective
- Le testament de Vénus , roman, Enzo Cormann, [Paris] : Gallimard, impr. 2006
- Surfaces sensibles , roman, Enzo Cormann, [Paris] : Gallimard, impr. 2007
- À quoi sert le théâtre ? , articles et conférences, 1987-2003, Enzo Cormann, Besançon : les Solitaires intempestifs, 2003
Classement
Spécialité : 21ème siècle
- France
- 20ème siècle
- 21ème siècle