AYCKBOURN Alan
Auteur dramatique britannique.
Écrivain comique le plus joué en Grande-Bretagne depuis 1960, il a écrit plus de soixante pièces, dont la plupart ont connu la réussite commerciale.
Ayckbourn commence sa carrière en 1957 comme acteur et régisseur de scène au petit théâtre en rond de Scarborough, alors dirigé par Stephen Joseph. Après la mort de ce dernier, il y revient en 1970 comme directeur, poste qu'il occupe toujours. Presque toutes les pièces d'Ayckbourn sont créées dans ce théâtre en rond où elles sont mises en scène par lui-même. Plus tard, elles sont données dans un théâtre commercial à Londres. Quand Alain Resnais projette de tourner sa pièce Intimate Exchanges (qui devient, à l'écran, Smoking, No Smoking , 1994), c'est à Scarborough qu'il se rend pour connaître Ayckbourn et la vie de son théâtre.
Les pièces d'Ayckbourn se situent à mi-chemin de la comédie de mœurs bourgeoises et de la farce française. Son sujet permanent est le mariage bourgeois, l'adultère, les conflits de classe, les petites obsessions (le jardin, par exemple). Du fait de sa grande popularité auprès du public, son œuvre, qui est à la portée de tous, est parfois considérée comme du simple divertissement. À ses débuts, on le prenait souvent pour un simple farceur : il est vrai qu'il fait grand usage des quiproquos, des portes de placard ou de chambre, des situations qui échappent aux personnages. Mais malgré les rires qu'elles provoquent, ses comédies ne sont pas agencées selon le rythme endiablé d'un Feydeau. En outre, la dérision, souvent, fait place à la complicité : ses personnages sont trop humains, trop semblables aux membres de ce public des classes moyennes qui lui assure succès après succès. Cela n'empêche pas l'auteur d'exercer sa cruauté à l'égard de ces êtres, qu'il montre médiocres, humiliés, voire acculés au suicide.
Tout en restant fidèle au conformisme lié à la notion de la pièce bien faite, Ayckbourn fait montre, dans sa dramaturgie, d'un goût pour l'expérimentation constamment renouvelée, ce qui peut étonner, de la part d'un auteur à succès. The Norman Conquests (les Conquêtes de Norman, 1973), par exemple, est une trilogie : mêmes dramatis personae, même lieu, même jour. Seulement, dans chacune des trois pièces, le public voit une séquence différente de scènes situées tantôt au jardin, tantôt au salon, dans la salle à manger, dans la chambre, de sorte qu'un événement peut avoir lieu sur scène dans une des pièces, mais en coulisses dans une autre. Ainsi, les épisodes surgissent selon trois perspectives différentes. Dans Intimate Exchanges (1982), le simple choix de fumer ou de ne pas fumer une cigarette peut changer le cours d'une vie, dont le dramaturge nous montre l'une après l'autre les différentes bifurcations. Son dernier grand succès, Petites peurs partagées (Private Fears in Public Places, 2004), représente encore une nouvelle orientation stylistique : 54 scènes courtes constituent une série d'histoires sur des personnages sans lien apparent entre eux, jusqu'à ce que les actions de certains interfèrent avec la vie des autres.
Ce souci d'une dramaturgie expérimentale n'alourdit jamais les comédies d'Ayckbourn. Elles mettent en scène une grande richesse de personnages humains dont on rit, mais qui provoquent aussi chez le spectateur une sympathie profonde. Cependant, dans ses pièces des années 1980, l'humour se fait plus grinçant pour critiquer la déchéance morale de la société occidentale tout entière : Henceforward (Dorénavant, 1987), A Small Family Business (Un petit commerce familial, 1987).
Pendant les années 1990 une grande partie de son énergie sera consacrée au déménagement de son Stephen Joseph Theatre qui quitte son petit local pour un ancien cinéma au centre de Scarborough ; l'intérieur en est entièrement réaménagé. Ce nouveau lieu, ouvert en avril 1996, reste fidèle au principe du théâtre en rond, avec une grande salle centrale de 413 places, et inclut, en plus, un petit studio-théâtre capable de servir aussi de salle de cinéma.
La manière dont Ayckbourn dénonce, avec humour et esprit, les bienséances guindées de la société anglaise, assure son succès non seulement en Angleterre, mais à l'étranger : il est l'auteur anglophone le plus joué au monde, avant même Shakespeare.
Bibliographie sélective
- L'amour est enfant de salaud , mise en scène José Paul, texte de Alan Ayckbourn ; adaptation de Michel Blanc, Paris : l'Avant-scène, 2003
- The crafty art of playmaking , Alan Ayckbourn, London : Faber and Faber, 2002
- Alan Ayckbourn , grinning at the edge, Paul Allen, New York : Continuum, 2002
Classement
Spécialité : Amérique du Nord et Iles Britanniques
- Royaume-Uni
- 20ème siècle
- 21ème siècle