ASSAF Roger
Comédien et metteur en scène libanais.
Après des études d'art dramatique à Strasbourg, il anime à Beyrouth, à partir de 1965, le Centre universitaire d'études dramatiques puis participe avec des comédiens dont Marie-Claude Eddé et Paul Matar à la création du Théâtre de Beyrouth où il met en scène, entre autres, les œuvres de Gabriel Boustani, dont le Criquet migrateur et Stalag Tango, présentés au festival de Nancy en 1967. En 1968, il fonde avec Achkar l'Atelier d'art dramatique de Beyrouth qui ouvre la voie à un théâtre professionnel d'expression exclusivement arabe et à vocation largement populaire. En 1968, Majdaloun, pièce sur le Liban-Sud et les Fedayin est interdite. Ayant découvert Brecht sous la férule de Jalal Khoury, il s'en inspire dans certaines mises en scène (la Grève des voleurs de Oussama El Aref en 1969) et surtout Akh ya Baladnâ, adaptation très libre de l'Opéra de quat'sous en 1973, avec le grand comédien populaire Hassan Ala' Eddine (dit « Chouchou »).
Professeur d'art dramatique à l'Institut des beaux-arts de l'université libanaise depuis 1977, il crée cette année-là la troupe Al Hakawati. Deux de ses spectacles, Hikayat 36 et les Jours de Khiyam, connaissent un succès local et international tel qu'il est considéré comme l'un des plus importants animateurs d'un théâtre arabe socialement et politiquement engagé. Se basant sur un travail d'investigation de la mémoire collective liée aux guerres qui se sont succédé au Liban depuis le début du XXe siècle et sur une assimilation des formes et des techniques du conteur arabe, ces spectacles ont renouvelé les rapports du public populaire et intellectuel arabe avec le langage dramatique.
En 1993, il crée à Beyrouth la Mémoire de Job d'Élias Khoury en arabe, et, en 1994, ce même spectacle en français à Paris. Dans le désarroi de l'après-guerre et de la paix incertaine, avec Samar (Paris, 1996) et Jardin Public (Beyrouth, 1997), la scène devient un lieu d'interrogation inquiète sur l'apparente futilité du théâtre et sur l'impossible et nécessaire dialogue entre les hommes et les communautés.
En 1999, il fonde l'Association SHAMS qui regroupe de jeunes créateurs libanais dans un projet coopératif d'animation culturelle. Espace de création et de diffusion du nouveau théâtre et lieu de rencontre et de débat avec le public, SHAMS a été, avec ses spectacles et son Festival de la libre expression, un foyer de renouveau de la création et de la réflexion. Avec Juin et les Mécréantes de Nadia Tueni (1996), Al Mayssane (au Festival de Beiteddine en 1998), Lucy la femme verticale d'Andrée Chedid (2001), une adaptation d'En attendant Godot (2003) et La Porte de Fatima (2006), ce n'est pas la guerre qui est le sujet de son théâtre, mais l'état de guerre d'une société qui s'interroge sur son devenir. Ce questionnement est à la fois douloureux et impérieux, il passe par l'autodérision et la mise en abyme.
Roger Assaf est également l'auteur d'un livre théorique sur le théâtre et l'islam, la Mise en théâtre ou les Masques de la ville (1984) qui dénonce l'imitation du théâtre illusionniste occidental et prône la recherche d'un théâtre « organique » lié à l'imaginaire collectif et qui soit producteur de savoir et non de pouvoir.
Classement
Spécialité : Maghreb et Moyen-Orient
- Liban
- 20ème siècle
- 21ème siècle