ARDEN John
Auteur dramatique britannique.
Les premières pièces d'Arden, notamment la Danse du sergent Musgrave (Sergeant Musgrave's Dance, 1959), contribuent beaucoup au renouveau du théâtre anglais à partir de 1956. Musgrave, soldat de l'époque victorienne, arrive dans une petite ville du nord de l'Angleterre où il entraîne les habitants dans une danse de mort, dénonçant par le grotesque le côté inadmissible de la guerre. Souvent citée comme la première pièce « brechtienne » d'un jeune auteur anglais, la Danse du sergent Musgrave ne mérite qu'à moitié cette qualification, car malgré l'emploi de ballades populaires et de détails authentiques du XIXe siècle anglais, la pièce ne propose pas une lecture politique claire : tout au plus suggère-t-elle certaines ressemblances entre les guerres coloniales victoriennes et celles des années cinquante. Arden a déclaré avoir écrit la pièce à la suite des atrocités commises à Chypre par l'armée britannique dans les années 1950. Devenu aujourd'hui un classique moderne, Musgrave fut précédé au Royal Court par The Waters of Babylon (les Rivières de Babylone, 1957) et Vous vivrez comme des porcs (Live Like Pigs, 1958). Dans cette pièce le conflit oppose une famille de forains aux propriétaires d'une petite communauté ; ce même conflit entre esprits libres et bons bourgeois revient souvent dans les pièces d'Arden. Son œuvre, ouvertement socialiste, ne vise cependant aucun moralisme. En 1960, sa dernière pièce pour la Royal Court, l'Asile du bonheur (The Happy Haven), est située dans un asile de retraités. Au début des années soixante, Arden écrit une série de pièces contestant l'autorité des institutions sociales et politiques telles que l'Âne de l'hospice (The Workhouse Donkey, 1963) ou le Dernier Adieu d'Armstrong (Armstrong's Last Goodnight, 1964). Sa prédilection pour les sujets tirés de l'histoire britannique se manifeste de nouveau en 1965 avec Left Handed Liberty (Liberté gauchère), commandée par le Mermaid Theatre pour célébrer la signature de Magna Carta en 1215. En 1967, il monte avec La Mama, l'un des premiers happenings contre la guerre au Vietnam. Une dispute avec la Royal Shakespeare Company concernant la mise en scène d'une seconde grande pièce historique, The Island of the Mighty (l'Ile des puissants) précipite en 1972 le départ de John Arden, avec sa femme et collaboratrice Margaretta d'Arcy, vers l'Irlande, où ils vivent depuis. Ses pièces sont devenues plus simples, plus directes et plus polémiques et souvent commandées et montées par des théâtres amateurs ou pour des fêtes politiques ponctuelles, par exemple The Non-Stop Conolly Show (le Spectacle Conolly non-stop, 1975) : cet événement, durant 26 heures, célébrait la vie du héros républicain éponyme et réunissait acteurs irlandais et britanniques, étudiants, syndicalistes et enfants. Arden est d'ailleurs l'un des premiers auteurs anglais à aborder la question de l'occupation de l'Irlande par les Britanniques
En 1978, Arden publie un recueil d'essais sur le phénomène théâtral : To Present the Pretence (Pour représenter la simulation). Dix ans plus tard, il en publie un second, Awkward Corners (1988). Estimant que la création théâtrale se heurte continuellement, aujourd'hui, à des lourdeurs d'ordre administratif, Arden se consacre maintenant au roman et à la nouvelle.