ACHARD Marcel
Pseudonyme de Marcel-Augustin Ferréol
Auteur dramatique et scénariste de cinéma français.
Achard a plus d'une plume dans son carquois : il est d'abord un pourvoyeur habile de pièces qui, même si elles ne brillent pas toutes par une grande originalité thématique, font preuve de personnalité dans la structure ou le ton. Voulez-vous jouer avec moâ ? (1923), sa première œuvre, est une parade foraine qui ne tient que par la prestation des acteurs et les prestiges du cirque ; le Corsaire (1938, à l'Athénée avec Jouvet et Ozeray) est du cinéma dans le théâtre puisque la pièce raconte le tournage d'un film et, de façon pirandellienne, montre que le faux du cinéma est plus profond, mieux senti, que le vrai de la vie ; la Femme en blanc (1932) repose entièrement sur un « flash-back » et transforme les récits en visions comme seul le cinéma se le permettait à l'époque ; Auprès de ma blonde (1946) joue aussi sur le temps, ici pris à l'envers, mais offre de plus à un comédien (en l'occurrence Bernard Blier qui fut très remarqué) l'occasion de se métamorphoser tout en restant le même. Pour le ton, il est souvent plus dramatique qu'on ne le soupçonnerait d'un des auteurs les plus fêtés du Boulevard : Mademoiselle de Panama est une histoire assez sombre de rivalité entre le travail et l'amour ; Turlututu (1962) est l'histoire d'un raté et d'un lâche ; Patate (1957) celle d'une humiliation et d'une vengeance ; Noix de coco (1935, avec Raimu dans le rôle du père) est un vaudeville dramatique et psychologique sur la tendresse bourrue qui lie un père à son fils.
Une autre face d'Achard est celle du poète, du rêveur : il a tellement bien dessiné les traits de ce rôle (somme toute assez conventionnel) qu'il l'a transformé en mythe avec Jef (Jean de la lune, 1929, avec Jouvet en Jef, Tessier et Simon), avec Domino (dans la pièce du même nom, 1932, avec Jouvet et Tessier de nouveau), avec Polo (Colinette, 1942, avec Périer dans le rôle de Polo). Achard a même fini par être victime de la réputation de funambulisme acquise avec Jean de la lune ! Ce caractère, il est vrai, est d'une grande joliesse poétique avec ce qu'il faut de discrétion dans la sensiblerie et de fraîcheur dans la passion pour faire accepter (comme dans Domino) toutes les invraisemblances. Achard ou le fantastique dans le quotidien : « C'est Ariel en chandail, Fantasio en veston » (Jean-Louis Vaudoyer). Héritiers d'Arlequin et de la commedia dell'arte, ses personnages ne se livrent à aucun lazzi gestuel, mais fusent en phrases douces-amères qui disent les blessures et les espoirs du cœur.
Achard est aussi, et peut-être surtout, l'auteur de Pétrus (1923) : c'est une belle histoire d'amour où l'on entend à chaque phrase la voix coupante de Pétrus-Jouvet, avec cet air d'absence de la bête de proie qui fait semblant de regarder ailleurs mais ne manque pas sa victime. Jouvet élargit la juridiction des naïfs que sont les Jef, Domino et autres Polo puisque, faux naïf ici, il s'entend à merveille pour brouiller les pistes et faire prendre pour une pièce fleur-bleue ce qui, à la lisière du tableau de genre et du mélo policier, rend le son très neuf et insolite du naturel dans l'artifice et de la gravité dans la gouaille.
L'étrange avec Achard est que, travaillant sur des schémas de Boulevard éprouvés sinon éculés (les « mots d'auteur » abondent chez lui, de même que les emplois les plus convenus : le gigolo bellâtre, la petite danseuse éperdue d'amour, l'imprésario bon enfant), il donne l'impression d'échapper aux conventions et de parler avec sa seule voix.
Classement
Spécialité : 19ème et début 20ème siècle
- France
- 19ème siècle
- 20ème siècle